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Le tambour et le voyage chamanique


Lorsque les chamanes  » voyagent « , ils ne se transportent pas vers l’extérieur, sur toute la surface du globe, mais vers l’intérieur, sous l’effet de la pulsation rythmique du son. Au lieu de déplacer leur corps par les moyens physiques ordinaires, ils se meuvent dans des états de conscience modifiés qui leur donne accès à des réalités sises au-delà de nos perceptions normales. Michael Harner1 nomme cet état modifié l’Etat de Conscience Chamanique (ECC). Habituellement, c’est le battement du tambour qui aide le chaman à se mettre en ECC. Bien que certaines cultures utilisent d’autres instruments de percussions, comme les hochets et les baguettes, selon Jeanne Achterberg2, le tambour  » demeure le moyen le plus important pour pénétrer dans d’autres réalités et l’une des caractéristiques les plus universelles du chamanisme.  »

Les raisons pour lesquelles les battements du tambour produisent un effet aussi puissant ne sont pas clairement élucidées. Les scientifiques ont cependant découvert que l’écoute d’un rythme monotone facilite la production d’ondes cérébrales alpha et thêta, différentes des ondes bêta qui caractérisent la conscience ordinaire, les yeux ouverts. D’après la représentation électroencéphalographique de Maxwell Cade3, le Miroir Cérébral, les ondes thêta (4-7 cycles par seconde) sont liées à la créativité, à une forte imagerie mentale et à des états extatiques.

Le lien entre tambour chamanique et élévation spectaculaire du nombre d’ondes thêta a été démontré au cours d’une de mes propres séances avec Anna Wise4, la protégée de Maxwell Cade, experte nord-américaine du Miroir Cérébral. Après avoir été raccordée à un électroencéphalographe, on m’a demandé d’établir des étalons de base en commençant par rester simplement assis les yeux ouverts, puis en fermant les yeux et en méditant, et enfin en imaginant certaines couleurs et scènes. Les ondes de mon cerveau liées à ces activités ne différaient pas de celles d’autres personnes. Toutefois, dès que je me suis mis à battre du tambour et à me mettre en état de conscience modifié, comme je l’avais fait des milliers de fois auparavant, lors de consultations ou d’ateliers chamaniques, l’amplitude des ondes thêta, notamment dans l’hémisphère droit du cerveau, grimpa immédiatement jusqu’au sommet de l’échelle du Miroir cérébral.

De nombreux Amérindiens parlent du tambour comme le « pouls de la Terre ». A ce propos, il vaut la peine de remarquer que la fréquence de résonance électromagnétique de la Terre, que l’on a mesurée à 7,5 cycles par seconde, est équivalente aux ondes cérébrales thêta supérieures ou aux ondes alpha inférieures. Il semble que le tambour permette au chaman de mettre ses ondes cérébrales en résonance avec le pouls de la Terre.

Source : Recouvrer son âme et guérir son moi fragmenté de Sandra Ingerman (Editions Guy Trédaniel

Les ondes cérébrales

Dans les différentes zones du cerveau, l’influx nerveux fonctionne en relative cohérence et de façon rythmique : les neurones s’activent ensemble (plus ou moins), comme une pulsation, puis se calment, puis s’activent de nouveau. Grâce à de petites électrodes placées sur le cuir chevelu et reliées à un appareil appelé électroencéphalographe (EEG, inventé en 1929), le rythme de ces pulsations peut se traduire en forme d’ondes.

L’intensité de l’activité cérébrale se manifeste par la fréquence de ces ondes. On les calcule en hertz (Hz) – un hertz égalant une ondulation par seconde. Si le graphique enregistré par l’EEG est plat, c’est qu’il n’y a pas d’activité cérébrale. Quant aux ondes générées par un cerveau actif, on les divise en 4 ou 5 fourchettes :

  • Ondes delta : de 0,5 à 4 Hz, celles du sommeil profond, sans rêves.
  • Ondes thêta : de 4 à 7 Hz, celles de la relaxation profonde, en plein éveil, atteinte notamment par les méditants expérimentés.
  • Ondes alpha : de 8 à 13 Hz, celles de la relaxation légère et de l’éveil calme.
  • Ondes bêta : 14 Hz et plus, celles des activités courantes. Étrangement, les ondes cérébrales passent au bêta pendant les courtes périodes de sommeil avec rêve (sommeil paradoxal), comme si les activités du rêve étaient des activités « courantes ».

Il arrive aussi qu’on parle d’ondes gamma qui se situeraient au-dessus de 30 ou 35 Hz et qui témoigneraient d’une grande activité cérébrale, comme pendant les processus créatifs ou de résolutions de problèmes. (Ne pas confondre avec les rayons gamma, émis par le noyau des atomes.)

Mentionnons par ailleurs que le cerveau est divisé en deux hémisphères, puis en plusieurs aires, chacune ayant une fonction importante : aires du langage, de la sensibilité corporelle, de l’émotion, etc. En ce qui concerne les hémisphères, on sait qu’ils fonctionnent le plus souvent dans une relative indépendance, et que le gauche, généralement dominant, est le siège de la logique et du rationnel, tandis que le droit est celui de la créativité.

Source : PASSEPORTSANTE.NET

Quand le cerveau prend le rythme

Plusieurs phénomènes extérieurs peuvent influencer le rythme des ondes cérébrales. La science a découvert que c’est généralement un effet de résonance qui est en cause, comme lorsqu’une note jouée au piano fait vibrer à l’unisson une corde de guitare. Le battement régulier des tambours de même que le chant grégorien ou des activités physiques rythmées comme la marche procurent, à la longue, cet effet.

En effet, certains types de pulsations sonores émises directement dans les oreilles peuvent induire, accélérer ou ralentir la fréquence des ondes en fonction du résultat recherché. Pour améliorer la qualité de détente et favoriser le sommeil, par exemple, on « invite » le cerveau à ralentir le rythme de ses ondes, qui pourraient graduellement passer de 14 à 4 Hz. On peut aussi améliorer la cohérence de l’influx nerveux des neurones, ce qui se traduit sur l’EEG par des ondes d’une plus grande amplitude.

Cet effet de ralentissement des ondes du cerveau peut s’obtenir par la méditation quelque soit sa forme. Ainsi, on comprend mieux l’usage du tambour dans les traditions chamaniques pour entrer en transe lors des cérémonies, ou encore des musiques religieuses chez les grandes traditions monothéistes, ou encore la répétition de mantra dans les spiritualités asiatiques.

Etudes scientifiques sur les effets du tambour sur le système nerveux

Plusieurs études ont été menées par des scientifiques de valeur pour analyser les effets du tambour sur l’organisme et le psychisme dans le cadre de ce que certains scientifiques désignent sous l’expression « rituel de l’irrationnel ». A cet égard, nombre de recherches et expériences ont été effectuées outre-mer dans le chamanisme. Soulignons que le chamanisme est, selon Nevill Drury5, « une tradition visionnaire, une pratique très ancienne consistant à utiliser l’altération de la conscience pour entrer en contact avec les dieux et les esprits du monde de la nature ». Le tambour est le seul élément matériel qui tienne une grande place dans la pratique rituelle du chaman toungouze. Ses battements commandent ceux de l’onde sonore qui exerce une stimulation auditive de même cadence sur le système nerveux, explique un chercheur.

« Il n’est pas exagéré de dire que le chaman accorde tout son organisme au rythme du tambour », souligne avec force Andrija Puharich6. « Au moyen de la danse, ajoute le scientifique, le rythme de toute la décharge proprioceptive dans le système ascendant d’activation réticulaire est synchronisé avec le tambour. » L’analyse des enregistrements esquimaux montre que le cycle respiratoire est rythmé par le tambour.

Un anthropologue et chaman britannique a fait une analyse des nouvelles recherches menées par Wolfgang G. Jilek7 chez les Indiens Salish8. Ces études montrent, écrit-il, que « le rythme du battement de tambour chamanique produisait une fréquence située dans la longueur d’onde thêta de l’électroencéphalogramme (4 à 7 cycles), c’est-à-dire la gamme de fréquences du cerveau associée au rêve, à l’hypnose et à la transe ».

Pour Nevill Drury, le tambour est « littéralement le véhicule qui  » transporte  » le chaman vers l’autre monde ». Le son du tambour constitue « un point de focalisation pour le chaman », parce que créant « une ambiance de concentration et de détermination, qui lui permet de se plonger dans une transe profonde en tournant son attention vers le voyage intérieur de l’esprit ».

A ce tournant, il parait judicieux de citer une phrase de Nevill Drury: « Le tambour du chaman non seulement produit un état de conscience altéré, mais confirme en outre le rôle de la transformation des perceptions produites par les battements de tambour dans la rencontre mythique. »

Source : Dr Frantz Bernadin, chercheur en paranormal, Journaliste-écrivain, Professeur de philosophie, Médecin psychologue

Notes :

1. Michael Harner : anthropologue américain spécialiste du chamanisme traditionnel et de la pratique du chamanisme moderne (1929-2018).
2. Jeanne Achterberg : psychologue américaine reconnue pour ses recherches sur l’application thérapeutique de l’imagerie guidée et de la visualisation créative.
3. Maxwell Cade : scientifique britannique hautement qualifié qui, enfant, a commencé à s’entraîner aux techniques orientales, telles que la méditation. Après une carrière dans le domaine de la physique des rayonnements pour le gouvernement, puis dans l’industrie, il entreprend avec le Dr Ann Woolley-Hart, spécialiste en médecine, des recherches novatrices sur la conscience et la signification des schémas des ondes cérébrales, rassemblant ainsi les connaissances du bouddhisme zen et ses méthodes. science occidentale.
Travaillant en partenariat avec Geoffrey Blundell, un ingénieur en électronique, Max a ensuite développé des appareils de biofeedback, tels que le Mind Mirror, qui permettaient à ceux qui suivaient ses cours d’apprendre de leurs propres réactions physiologiques.
Les recherches de Maxwell Cade sur la créativité, l’influence de l’esprit sur la santé, l’aide apportée par les guérisseurs à ses clients et sa mesure des rythmes cérébraux de certains swamis indiens remarquables demeurent parmi les travaux les plus instructifs réalisés à ce jour sur la relation esprit / corps. Ce récit décrit sa vie et ses recherches en détail pour la première fois.
4. Anna Wise : visionnaire, bodhisattva, maître, danseuse, compositrice, écrivaine, mère et amie de milliers d’anciens élèves et enseignants du monde entier, Anna Wise était l’une des praticiennes les plus influentes du monde en matière de méditation assistée par un instrument.
5. Nevill Drury : éditeur et éditeur australien d’origine anglaise , ainsi que l’auteur de plus de 40 ouvrages sur des sujets allant du chamanisme et des traditions magiques occidentales à l’art, la musique et l’anthropologie. Ses livres ont été publiés dans 26 pays et en 19 langues
6. Andrija Puharich : chercheur en parapsychologie (1918-1995).
7. Wolfgang G. Jilek : Professeur émérite, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, Canada
8. Indiens Salish : Peuple de la côte de Colombie Britannique et de l’état de Washington, sur les rives du Puget Sound et du détroit Juan de Fuca.