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Les centres énergétiques (Dantian)

Cinabre rouge
Le cinabre est une espèce minérale composée de sulfure de mercure (Photo : Wikipedia)

Dans la pratique taoïste, la transformation revient à cultiver le Qi. Nous avons vu qu’il circule à travers tout le corps, nourrissant organes et tissus. Ce Qi possède trois qualités fondamentales représentées par les « trois trésors » (essence, énergie et esprit), reflet du cosmos. Le réceptacle de ces trois types d’énergies se trouvent dans le corps et est appelé « champ de cinabre » (dan tian). Le sens du mot provient, comme nous le verrons souvent dans le processus de transformation spirituelle taoïste, du contexte particulier de l’alchimie externe. Le cinabre était considéré comme le substrat précieux issu de la fusion du plomb et du mercure. L’ingérer était susceptible de rendre le corps immortel. Il n’est donc pas étonnant que le terme « cinabre » serve aussi à désigner l’ingrédient du travail alchimique à l’intérieur du corps.
Contrairement à ce qui est souvent écrit, ce qui fut appelé ensuite « alchimie interne » ou « cinabre intérieur » (nei dan) ne vient pas directement de l’alchimie externe, mais est la résultante d’un long développement des techniques de santé (ran shen) qui existaient depuis l’Antiquité, des techniques contemplatives indigènes et bouddhistes (sans doute aussi tantriques), le tout à la lumière des théories alchimiques. Le cinabre était censé pouvoir se transformer en or, d’où le nom donné au produit de la fusion alchimique « cinabre d’or » (jin dan) qui servit pendant un temps à désigner à la fois le travail externe et interne. Ce n’est que plus tard qu’il y eut une scission définitive entre « alchimie externe » (wai dan) et « alchimie interne » (nei dan).

Le corps humain est divisé en trois parties « énergétiques » : la portion supérieure (shang jiao) regroupe la tête et le thorax abritant les poumons; la partie médiane (zhong jiao) regroupe l’abdomen avec l’appareil digestif; la partie inférieure (xia jiao) regroupe le bas-ventre avec l’appareil urinaire.
Chacune des portions possèdent un centre énergétique essentiel, car il abrite un des trois trésors du corps.

Schématisation du triple réchauffeur (Sanjiao)
Schématisation du triple réchauffeur (Sanjiao)

Dans la partie inférieure, sous le nombril, il y a le logis de l’essence. On dit que ce sont les reins (par ailleurs en charge des liquides) qui la thésaurisent. L’essence doit se comprendre comme quelque chose de très subtil, immatériel, fonctionnel, dont est issue la matière. A noter que dans certains textes, le terme essence est interchangeable avec la forme (xing), c’est-à-dire le corps physique.
Il peut désigner ce que le corps reçoit du Ciel, c’est-à-dire à la fois de ses parents (nous parlerions aujourd’hui d’hérédité) et de la nature (du Dao). C’est la « destinée » (ming). La localisation approximative de l’essence « entre les deux reins » est aussi appelée la « porte de la vie » (ming men). Elle est la fondation de l’être vivant. Dans ce contexte particulier, on l’appelle parfois « essence originelle » (yuan jing) afin de la différencier de l’essence acquise des parents ou de la nourriture.

La portion médiane loge le système digestif qui sert à recevoir les aliments et à les transformer pour en tirer les nutriments (jing) (le même caractère chinois qui signifie ici « quintessence »). C’est la quintessence des aliments qui est spécialement à l’origine de l’énergie vitale acquise. Cette quintessence se mêle au souffle de l’air en haut, et à l’essence des reins en bas pour former l’énergie vitale Qi. Le centre énergétique du Qi se situe au niveau approximatif où se fait la fusion du souffle de l’air et la quintessence, c’est-à-dire au milieu du thorax, entre les deux mamelons, à la cavité d’acupuncture appelée jing qui gouverne le Qi.

Le troisième trésor, « l’esprit », est localisé tout naturellement au niveau du cerveau (nao), entre les deux sourcils. Certains livres modernes parlent de « glande pinéale » et je ne vois pas vraiment comment ils peuvent localiser avec autant de précision ce centre énergétique et je ne suis pas spécialement d’accord pour donner une définition anatomique précise qui peut se révéler fausse et n’assiste en rien la pratique.

Ici, le lecteur attentif pourra voir une contradiction en se rappelant que dans les théories médicales, le Shen était logé dans le cœur et pas dans le cerveau.
Conceptuellement, on pourrait affiner les fonctions mentales du cœur et prétendre sans difficulté que les fonctions émotives se reflètent plus du cœur, mais que les fonctions de l’intellect et de l’intention émanent du cerveau. Seulement, les concepts chinois sont pragmatiques, et il est vrai que dans les théories médicales chinoises, l’activité mentale et émotionnelle est gouvernée par le sang. Qu’il vienne à manquer ou à être troublé par un Qi violent (une colère par exemple) et les activités cérébrales vont être modifiées (pertes de mémoire, sommeil, ralentissement de la compréhension ou de la parole).
Si bien que dans la réalité énergétique qui nous intéresse ici, le cœur reste de par sa fonction dans la circulation sanguine, le centre des activités mentales.
En revanche, l’esprit est logé dans la région du cerveau appelée « Boule de Boue » (ni wan), terme très figuratif pour désigner le cerveau.
Ces trois centres importants pour la pratique sont appelés pour simplification par leur localisation approximative : le « champ de cinabre inférieur » xia dan tian (essence), le « champ de cinabre médian » zhong dan tian (énergie) et le « champ de cinabre supérieur » shang dan tian (esprit).