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Les ruses du mental et comment les déjouer

Helix Nebula (Oeil de Dieu)
Helix Nebula (NGC 7293)  ou nébuleuse de l’Hélice est une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Verseau, à proximité du Poisson austral. Sa forte ressemblance avec un œil humain lui a valu le surnom de « l’œil de Dieu ».

Un enseignement de Bhagwan Shree Rajneesh
4 octobre 1972, Bombay, Inde.

(…) Méfiez-vous de ce que vous dit votre mental. N’ayez pas trop confiance en lui. Nous ne doutons jamais de lui. On doute de tout et de tout le monde, mais jamais de son esprit.
Même ceux qui parlent tant de scepticisme, de doutes, de raison, même ceux-là ne doutent jamais de leur propre pensée. Et pourtant, c’est bien votre pensée qui vous a mené là où vous êtes. Si votre vie est un enfer, c’est votre mental qui l’a créé. Et pourtant, vous ne doutez jamais de ce guide. Vous doutez de n’importe quel professeur, de n’importe quel maître, mais vous ne doutez jamais de votre mental. Avec une foi indéfectible, vous le suivez comme un guru. Et pourtant, c’est lui qui vous a mené dans le désordre, dans la misère où vous êtes. Si vous voulez absolument douter de quelque chose, doutez donc de votre mental. A chaque fois qu’il vous dit quelque chose, réfléchissez-y à deux fois.

Est-il vrai que vous n’avez pas le temps ? Est-ce vrai ? Vous n’avez vraiment pas le temps de méditer, de consacrer une heure de votre temps à la méditation ? Réfléchissez bien. Demandez-vous « est-ce vraiment le cas ? Je n’ai vraiment pas le temps ? »

Je ne le crois pas. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui n’avait pas du temps à revendre. Je vois des gens qui jouent aux cartes en disant, « c’est pour tuer le temps ». Ils vont au cinéma, et ils disent, « que peut-on faire ? » Ils tuent le temps, bavardent, lisent et relisent le même journal, parlent de choses dont ils ont parlé toute leur vie, et ils disent, « nous n’avons pas le temps ». Ils ont pourtant le temps de faire les choses les plus inutiles. Alors ?

Parce que ce qui est inutile ne menace pas le mental. Dès que vous pensez à la méditation, le mental est en alerte. Parce que vous pénétrez un espace dangereux. Parce que la méditation signifie la mort du mental. Si vous entrez en méditation, tôt ou tard, il devra se dissoudre, disparaître complètement. C’est pour cela que le mental, en alerte, vous dit, « tu n’as pas le temps. Et même si tu avais le temps, tu as des choses plus importantes à faire. Remets donc ça à plus tard. Tu peux méditer n’importe quand. L’argent est plus important. Gagne de l’argent d’abord et tu pourras méditer fout ton soûl. Comment veux-tu méditer sans argent ? Alors, vaque à tes occupations, tu pourras méditer après. »

Il est facile de remettre la méditation à plus tard, pensez-vous, parce que cela ne concerne pas votre survie immédiate. Son pain, il faut le gagner. L’argent est indispensable à vos nécessités de base. La méditation peut être remise à plus tard. Elle ne concerne pas votre survie. Vous pouvez survivre sans elle très facilement.

Si vous vous enfoncez profondément dans la méditation, vous ne pourrez pas survivre. Sur cette terre du moins. Vous disparaîtrez. Du cercle de la vie, de cette roue, vous disparaîtrez. La méditation est comme la mort, c’est pour cela que l’intellect a peur.  » Remets ça à plus tard », dit-il. Et vous pouvez remettre ça à l’infini. Votre esprit ne cesse de dire des choses de ce genre. Et ne croyez pas que je parle des autres. Je parle de VOUS.
J’ai rencontré des gens intelligents qui disaient des inepties sur la méditation. L’un d’entre eux venait de Delhi. C’était un haut fonctionnaire du gouvernement. Il était venu dans le but d’apprendre à méditer. Il est resté ici sept jours. Je lui ai conseillé d’aller au cours de méditation le matin, à Chowpatty Beach, à Bombay, mais il m’a répondu, « ce n’est pas très facile. Je ne peux pas me réveiller si tôt ». Il ne lui est pas venu à l’idée de réfléchir sur ce que son intellect lui avait dit. L’exercice est peut-être simple mais votre esprit n’est pas aussi simple. C’est lui qui vous dit, « comment pourrai-je me lever à six heures du matin ? »
Une autre fois, je me trouvais dans une grande ville et le percepteur de cette ville vint me trouver à onze heures du soir.

J’allais tout juste me mettre au lit quand il arrive et me dit, « c’est urgent ! Je suis très troublé. C’est une question de vie ou de mort. Accordez-moi au moins une demi-heure. Je voudrais que vous m’enseigniez la méditation. Sinon, il se peut que je me suicide. Je suis vraiment très perturbé. Je suis si frustré qu’il doit se passer quelque chose dans mon univers intérieur. J’ai totalement perdu contact avec l’univers extérieur ».
Je lui répondis, « venez demain matin à cinq heures ». « Ce n’est pas possible », me dit-il. Et à l’en croire, c’était une question de vie ou de mort. Mais il ne pouvait pas venir me voir à cinq heures du matin. « Ce n’est pas possible, je ne me lève jamais aussi tôt. » « Très bien », dis-je, « alors, venez à dix heures ». « C’est également impossible, je dois être à ton bureau à dix heures et demi. »
Cet homme ne pouvait pas prendre un jour de congé, et pourtant, c’était une question de vie ou de mort. Je lui ai dit alors, « est-ce une question de votre vie et de votre mort ou une question de ma vie et de ma mort ? » Et c’était loin d’être un homme inintelligent. Les trucs de son mental étaient très intelligents.

Ne croyez pas que votre mental ne vous joue pas les mêmes tours. Il est très intelligent. Et parce que c’est le vôtre, vous n’en doutez pas. Mais ce n’est pas le vôtre ; ce n’est que le produit de la société. Ce n’est pas le vôtre ! On vous l’a donné. On vous a forcé à l’accepter. On vous a pris certaines choses ; vous avez été conditionné d’une certaine manière. Depuis votre enfance, votre esprit a été façonné par d’autres. Vos parents, la société, vos professeurs. Le passé conditionne, influence, votre pensée. Le passé, cette chose morte, s’impose continuellement à vous. Les professeurs ne sont que les agents – les agents de la mort contre la vie. Ils vous ont imposé les choses qui sont dans votre mental.

Mais le mental est si intime avec vous, le fossé entre vous si étroit, que vous vous identifiez à lui.

Vous dites par exemple, « je suis Hindou ». Mais réfléchissez! Reconsidérez la question. VOUS n’êtes pas Hindou. On vous a donné une pensée hindoue. Vous êtes né innocent et simple – ni Hindou ni musulman. On vous a donné un intellect hindou, un intellect musulman. On vous a forcé, engagé, emprisonné dans une certaine condition, et puis la vie a continué à ajouter des éléments à votre mental, et il est devenu un fardeau très lourd. Vous ne pouvez rien faire – sa loi s’impose à vous.

Constamment, le passé conditionne tous vos mouvements présents. Si je vous dis quelque chose, vous ne pouvez pas le considérer d’un œil neuf, avec un esprit ouvert. Votre ancien esprit, votre passé, s’interposera, pèsera le pour et le contre.

N’oubliez pas : ce mental n’est pas le vôtre ; ce corps n’est pas le vôtre ; il vous vient de vos parents. Votre mental ne vous appartient pas non plus : il vient également de vos parents. Qui êtes-vous ?
Chacun s’identifie avec le corps ou le mental. Vous pensez que vous êtes jeune, vous pensez que vous êtes vieux, vous pensez que vous êtes hindou, vous pensez que vous êtes un Jaïn, que vous êtes un Parsi. Vous n’êtes rien de tour cela ! A votre naissance, vous étiez une pure conscience. Vous êtes en prison. Ces techniques, qui vous semblent si simples ne sont pas si simples, parce que votre pensée va créer continuellement des complexités et des problèmes multiples.

Il y a quelques jours à peine, un homme est venu me voir et m’a dit, « je suis en train d’essayer votre méthode de méditation. Mais dites-moi dans quel Livre Saint est-elle expliquée ? Si vous pouviez me dire qu’elle fait partie de ma religion, cela me serait plus facile. »

Pourquoi cela serait-il plus facile pour lui de méditer si c’est écrit dans un livre ? Parce que l’intellect sera satisfait. Si ce n’est pas écrit dans un livre, la technique deviendra inacceptable.
J’ai demandé alors à cet homme, « vous avez pratiqué cette méthode pendant trois mois. Comment vous sentez-vous ? » Il m’a répondu, « merveilleusement bien. Je me sens merveilleusement bien. Mais j’aimerais savoir si cette méthode est écrite dans un Livre Saint. » Ses propres sentiments n’étaient pas pour lui une référence suffisante. Il avoue lui-même qu’il est merveilleusement bien, qu’il est plus serein, plus silencieux, plus aimant, mais sa propre expérience n’est pas une référence. Le mental exige une référence ratifiée par le passé.

Je lui ai dit, « ce n’est écrit nulle part dans vos Livres. C’est plutôt contraire à ce qui y est écrit. » Son visage s’est attristé puis il a dit, « alors, cela me sera difficile de continuer à pratiquer cette technique. »
Pourquoi sa propre expérience n’a-t-elle aucune valeur ? Parce que le passé – le conditionnement de la pensée – vous modèle constamment et détruit votre présent. Alors, n’oubliez pas : soyez conscient. Montrez-vous sceptique envers votre mental, doutez de lui. Ne lui faites pas confiance. Et si vous arrivez à cette maturité, si vous arrivez à ne pas faire confiance à votre pensée, alors, seulement alors, ces techniques seront vraiment simples; elles vous aideront, elles « marcheront ». Elles feront des miracles. Elles peuvent faire des miracles.

Ces techniques, ces méthodes, on ne peut pas les comprendre intellectuellement. J’essaie donc l’impossible. Pourquoi ? Si on ne peut pas les comprendre intellectuellement, quel est le sens de mon discours. On ne peut pas les comprendre intellectuellement mais il n’y a pas d’autre façon de vous faire prendre conscience de certaines techniques qui pourraient changer votre vie totalement. Vous ne pouvez comprendre que ce qui se rapporte à l’intellect, et c’est là que se trouve le problème. Vous ne pouvez comprendre que ce qui relève de l’intellect. Et ces techniques ne peuvent être comprises intellectuellement. Alors, comment communiquer ?

Ou bien il faut que vous deveniez capable de comprendre sans faire appel à l’intellect, ou il faut trouver une méthode telle qu’on puisse comprendre ces techniques intellectuellement. La première proposition n’est pas possible, mais la seconde l’est.

Il faudra donc que vous commenciez à pratiquer ces méthodes intellectuellement. Mais il faut aussi que vous ne vous accrochiez pas au côté intellectuel. Quand je dis, « faites », essayez de faire. Si quelque chose commence à se produire en vous, alors, vous serez capable de rejeter votre intellect et de me comprendre directement, sans intellect, sans méditation, sans médiateur.
Mais il faut que vous commenciez par faire quelque chose. Nous pouvons parler et parler pendant des années. Il y aura de plus en plus de choses dans votre mental mais cela ne vous sera d’aucun secours. Au contraire, cela peut vous être nuisible, semer la confusion en vous. Il n’est pas bon de savoir trop de choses. Il est bon d’en savoir peu et de les mettre en pratique. Une seule technique peut vous être utile ; ce qu’on fait est toujours utile.

Pourquoi est-ce difficile pour vous de « faire » ?

Parce qu’ii y a en vous quelque part, profondément enfouie, une certaine peur. La peur que quelque chose se produise. Cela peut vous sembler paradoxal, mais j’ai vu tant de personnes qui croyaient qu’elles voulaient changer. Qui disaient qu’elles avaient besoin de méditer, d’entreprendre une transformation profonde. Mais en fait, elles avaient peur. Parce que l’homme n’est pas simple, il demande ce qu’il faut faire sans jamais le faire. Pourquoi, dans ce cas, la plupart des gens continuent à demander ? Pour se leurrer tout simplement, pour se faire croire qu’ils ont vraiment envie de changer. Pour se donner une façade, l’apparence qu’ils ont vraiment, sincèrement, envie de changer. Et c’est ainsi qu’ils vont de Guru en Guru, qu’ils essaient de trouver, qu’ils essaient sans jamais rien faire. Parce que, au plus profond d’eux-mêmes, ils ont peur.

Eric Fromm a écrit un livre, « La peur de la liberté ». Le titre paraît contradictoire. Tout le monde croit aimer la liberté. Tout le monde croit s’efforcer de trouver la liberté – dans ce monde et dans « l’autre » aussi. Nous voulons le Moksha – la Libération. Nous voulons êtres libres de toutes limitations, de tout esclavage. Nous voulons être totalement libres. Mais Eric Fromm affirme que l’homme a peur de la liberté. Nous le voulons, nous ne cessons de dire que nous le voulons, nous essayons de nous convaincre que nous le voulons, mais au plus profond de nous-mêmes, nous en avons peur. Nous avons peur de la liberté. Pourquoi ? Pourquoi cette dualité ?

La liberté crée la peur et la méditation est la plus profonde des libertés. Car elle ne vous libère pas seulement des limites extérieures ; elle vous libère de l’esclavage intérieur. Elle vous libère du mental, la base de l’esclavage. Elle vous libère du passé tout entier. Dès l’instant que votre mental disparaît, le passé disparaît. Vous transcendez l’histoire. Il n’y a plus de société, de religion, d’écritures, de traditions, parce que tout cela a sa demeure dans le mental. Il n’y a plus de passé, plus d’avenir, parce que le passé et l’avenir font partie de l’abstraction, de la mémoire, de l’imagination.
A cet instant, vous êtes ici et maintenant, dans le présent. Il n’y a plus d’avenir, il y a maintenant, maintenant, et maintenant – un éternel maintenant. Alors, vous êtes totalement libéré.
Vous transcendez toute tradition, toute histoire, votre corps, votre mental. Vous êtes libéré de la peur. Au milieu d’une telle liberté, où serez-VOUS ? Pouvez-vous exister ? Dans une telle liberté, une telle vastitude, est-il possible que votre petit « moi » existe encore – votre ego ? Pouvez-vous dire « je suis » ?

Vous pouvez dire « je suis dans l’esclavage » parce que vous connaissez votre esclavage. Quand il n’y a plus d’esclavage, il n’y a plus de limites. Vous n’êtes plus qu’un état – rien de plus ; un néant absolu, un vide absolu. C’est cela qui crée la peur. C’est pour cela qu’on ne cesse de parler de méditation, sans jamais rien faire.

Tous les problèmes partent de cette peur. Sentez cette peur. Si vous reconnaissez son existence, elle disparaîtra. Si vous ne reconnaissez pas son existence, elle persistera. Etes-vous prêt à mourir dans le sens spirituel du terme ? Etes-vous prêt à n’être PLUS ?

Quand quelqu’un venait voir Bouddha, ce dernier lui disait, « la vérité fondamentale est que vous n’êtes pas. Et parce que vous n’êtes pas, vous ne pouvez pas mourir, vous ne pouvez pas naître. Et parce que vous n’êtes pas, vous ne pouvez pas souffrir, être esclave. Etes-vous prêt à accepter cette vérité ? Si vous n’êtes pas prêt, alors, n’essayez pas de méditer maintenant. Essayez d’abord de savoir si vous êtes vraiment ou si vous n’êtes pas. Méditez sur cette question. Y a-t-il un Moi ? Le Moi a-t-il une substance ou n’êtes-vous qu’une combinaison d’éléments ? »
Si vous cherchez vraiment, vous découvrirez que votre corps est une combinaison d’éléments. Une chose vous vient de votre père, une autre de votre mère, et le reste n’est que nourriture transformée. Voilà votre corps ; et dans ce corps, vous n’êtes PAS. il n’y a pas de Moi. Considérez votre mental : certaines choses sont venues d’ici, d’autres de là. Le mental n’a rien d’original. Ce n’est qu’une accumulation d’informations.
Essayez de découvrir s’il y a un Moi dans votre mental. Si vous réfléchissez profondément, vous découvrirez que votre personnage ressemble à un oignon. On peut peler une peau après l’autre. On peut continuer à peler l’oignon pour finalement n’arriver à rien. Quand on a enlevé toutes les pelures, il n’y a rien. Le corps et l’esprit sont comme des oignons. Quand vous avez pelé corps et mental, il n’y a plus qu’un vide, un abîme, un néant sans fond. Bouddha appelle cela « shunya« .

La rencontre avec ce shunya, avec ce Vide, crée la peur. Cette peur est là. Vous savez, au plus profond de vous-même, qu’il y a ce vide, mais vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir peur.
Quoi que vous fassiez, la peur sera là – à moins que vous ne l’affrontiez. C’est la seule manière de la faire disparaître. Quand vous aurez affronté ce néant, quand vous saurez qu’en vous il n’y a qu’un espace vide, le shunya, alors, la peur disparaîtra.

Alors, la peur ne peut plus exister, parce que ce shunya, ce Néant, ne peut être détruit. Ce Néant ne peut mourir. Ce qui allait mourir n’est plus. Ce n’était que des pelures d’oignons.
C’est pour cette raison que, souvent, au cours d’une profonde méditation, quand on approche de ce vide, on a peur, on commence à trembler. On a l’impression qu’on va mourir. On veut échapper à ce néant. On veut retrouver le monde. Et nombreux sont ceux qui y retournent. Et ils n’essaient plus jamais. Et, à mon avis, vous tous ici présents avez essayé, dans cette vie ou dans une autre, une technique de méditation. Vous vous êtes approchés du néant et puis la peur vous a saisis et vous vous êtes enfuis. Et au plus profond de vous, ce souvenir est là. Il est là et il est devenu l’obstacle. A chaque fois que vous pensez à la méditation, ce souvenir, enfoui dans votre subconscient, vous trouble et vous incite à ne pas recommencer.

Il est difficile de trouver un homme (et j’en ai rencontré beaucoup) qui n’ait pas essayé au moins une fois dans sa vie d’entrer en méditation. Le souvenir est là, mais vous n’en êtes pas conscient. Vous ne savez pas où il se cache ce souvenir, mais il est là.

Et c’est lui qui vous arrête. Si vous voulez vraiment méditer, essayez de découvrir d’où vient votre peur. Soyez sincère. Avez-vous peur ? Si vous avez peur, il faut d’abord régler le problème de cette peur avant d’aborder la méditation.

Bouddha utilisait de nombreux stratagèmes. Il arrivait que, quelquefois, quelqu’un lui dise, « j’ai peur ». Et c’est une nécessité. Il faut dire à votre Maître que vous avez peur. Il est inutile d’essayer de le tromper. Vous vous trompez vous-même. Quand quelqu’un lui disait qu’il avait peur, Bouddha répondait, « vous remplissez ainsi la première exigence ». Si vous dites vous-même que vous avez peur de méditer, il est possible de faire quelque chose. On peut faire quelque chose, parce que vous êtes assez sincère pour dévoiler une chose profonde. Mais quelle est cette peur ? Méditez là-dessus. Creusez, pour essayer de découvrir son origine, sa source.
Toute peur est fondamentalement liée à la mort – TOUTE PEUR ! Quelle que soit sa forme, quelle que soit sa nature, toute peur est liée à la mort. Si vous creusez profondément en vous, vous découvrirez que c’est de la mort que vous avez peur.

Quand quelqu’un venait voir Bouddha pour lui dire, « j’ai peur de la mort ; voilà ce que j’ai découvert dans ma méditation », Bouddha disait alors, va au ghat où l’on brûle les morts – va au cimetière – et médite en regardant les bûchers funéraires. Tous les jours, des gens meurent et on les brûle. Va au marghat et médite en contemplant le bûcher funéraire. Quand les membres de la famille seront partis, toi, reste là. Contemple le feu, le cadavre qui brûle. Quand il n’y aura plus que des cendres, contemple les cendres. Ne pense pas. Médite. Trois mois, six mois, neuf mois.

« Quand il sera devenu certain pour toi qu’on ne peut échapper à la mort, quand il sera devenu absolument certain pour toi que le chemin de la vie mène à la mort, que la vie est mort, qu’il n’y a pas moyen d’y échapper, que tu es déjà dedans, alors, seulement, tu viendras me voir. »

Après avoir vu des cadavres brûler jours et nuits, se dissoudre en cendres – il ne reste plus qu’une fumée qui disparaît elle aussi – après avoir médité pendant des mois, une certitude s’élèvera : la certitude que la mort est certaine. C’est même, en réalité, la seule certitude. La seule certitude dans la vie, c’est la mort. Tout le reste est incertain. Cet événement peut ou peut ne pas se produire, mais on ne peut pas dire que la mort peut ou ne peut pas arriver. Elle est. Elle est déjà arrivée. Au moment où vous entrez dans la vie, vous entrez dans la mort. On ne peut rien faire à cela.
Quand on s’est pénétré de la certitude de la mort, la peur disparaît. Si la mort doit être, la peur disparaît. Si on peut faire quelque chose, si l’on croit que l’on peut faire quelque chose, la peur persiste. Si on ne peut rien faire, si on est déjà dans la mort, il est absolument certain que la peur disparaîtra. Et ce n’est que lorsque la peur de la mort disparaissait que Bouddha permettait de se livrer à la méditation.
Vous aussi, entrez profondément dans votre esprit. Ces techniques ne vous seront utiles que lorsque vos barrières intérieures seront brisées, quand la peur intérieure disparaîtra et que vous serez certain que la mort est la réalité. Même si méditation signifie mort, vous n’aurez pas peur. Même si la méditation vous apporte la mort, vous n’aurez pas peur. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous serez libre, que vous pourrez bouger – et bouger à la vitesse d’une fusée, parce que les barrières ne seront plus.

Ce n’est pas la distance qui prend du temps, ce sont les barrières. Vous pourriez « bouger » à l’instant même s’il n’y avait pas de barrières. C’est une course d’obstacles et c’est vous qui ne cessez d’en ajouter toujours d’autres. Vous êtes heureux quand vous avez franchi un obstacle. Vous êtes heureux après avoir franchi l’obstacle. Mais l’ironie de la chose, la folie, c’est que c’est vous qui avez placé l’obstacle. VOUS. L’obstacle n’a jamais été là. Vous ne cessez de placer des obstacles, pour pouvoir les sauter. Vous tournez en rond, sans jamais atteindre le centre du cercle.
Le mental crée des obstacles parce qu’il a peur. Il vous fournira toutes les explications possibles pour que vous n’entriez pas en méditation. Ne le croyez pas. Creusez en vous. Découvrez la cause fondamentale. Pourquoi parlerait-on toujours de nourriture sans jamais manger ? Pourquoi parlerait-on d’amour sans jamais le faire ? Alors, le discours devient une obsession, une compulsion. On croit que le fait de parler équivaut à faire. En parlant, on a l’impression de faire quelque chose. On est content.

On « fait » quelque chose. Ne serait-ce que parler, ou lire, ou écouter.

Ce n’est pas faire. C’est une illusion. Ne tombez pas dans ce piège.

Je vous parle de ces 112 méthodes non pas pour nourrir votre intellect, non pas pour vous donner des connaissances supplémentaires, non pas pour vous rendre mieux informé. Je n’essaie pas de faire de vous une grosse tête. Si je vous parle, c’est parce qu’une technique, une technique particulière, peut changer votre vie.

Mais quelle que soit la méthode qui vous attire, n’en parlez pas ! Faites-la ! Restez silencieux et faites-la. Votre mental ne manquera pas d’élever de nombreuses questions. Réfléchissez d’abord avant de me poser des questions. Demandez-vous d’abord si ces questions sont importantes ou si ce n’est qu’une ruse de votre mental.

Faites. Vous poserez des questions après. Alors, elles seront pertinentes. Je sais quelles sont les questions qu’on pose quand on pratique une méthode et je sais quelles sont celles qu’on pose par curiosité, pour satisfaire l’intellect. Et petit à petit, je ne répondrai plus à vos questions intellectuelles. Faites quelque chose. Alors, vos questions auront une signification.

Quand on dit : « cet exercice est très simple », c’est qu’on ne l’a pas encore fait. Ce n’est PAS si facile. Il faut que je le répète encore, VOUS ETES DEJA LA VERITE. IL SUFFIT D’EN PRENDRE CONSCIENCE. Il ne s’agit pas d’aller ailleurs. Il faut que vous entriez dans vous-même. Et cela est possible à cet instant même. Si vous pouviez laisser de côté votre mental vous y parviendriez ici et maintenant.

Ces techniques servent à éliminer votre intellect. Elles ne sont pas vraiment faites pour la méditation. Eliminez votre mental.

Quand il ne sera plus là, VOUS SEREZ !