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Qi Gong – Le singe

Portrait de singe
Crédit : Pixabay

 

Le Qi Gong du singe fait partie de la série intitulée « le jeu des cinq animaux » créée par HUA TUO (110 – 220 après J-C), médecin sous la dynastie des HAN, pour fortifier le corps et le garder en bonne santé. Cette série propose d’imiter le comportement de cinq animaux, basées sur leurs habitudes comportementales : le tigre, le cerf, l’ours, le singe et la grue.

Le singe est bien connu pour son agilité, son don d’imitation, sa bouffonnerie. Il y a un aspect déconcertant dans la nature du singe, qui est celui de la conscience dissipée. Lie-tseu1 en fait un animal irritable et sot. L’agilité du singe trouve pourtant une application immédiate dans la Roue de la Vie2 dans le bouddhisme, où il symbolise la conscience, mais au sens péjoratif du terme : car la conscience, celle du monde sensible, saute d’un objet à un autre, comme le singe de branche en branche. De même la maîtrise du cœur, sujet au vagabondage, est-elle comparée, dans les méthodes de méditation bouddhiques, à la maîtrise du singe3.

Dans la pratique du Qi Gong du singe, on imite le comportement caractéristique de cet animal en essayant de s’approprier au mieux sa souplesse, son agilité et sa vivacité, et ce, tout en restant serein à l’intérieur.4

1. Lever les pattes du singe

Répéter 4x l’enchaînement suivant.

La patte du singe 1-1. Face au Nord, pieds parallèles, bras le long du corps. Dans un mouvement circulaire vers l’extérieur, positionner les mains face au corps à la hauteur de la ceinture. Les doigts légèrement écartés. Puis, dans un mouvement vif et rapide, tourner les mains vers l’extérieur en fléchissant les poignets et en joignant  les bouts de doigts pour former un crochet (au niveau de la ceinture). A la fin de cette séquence, les bouts de doigts joints pointent le ventre à la hauteur du Xia Dantian.
1-2. Les mains formant les pattes de singe (crochets), hausser les épaules et lever les pattes jusqu’à la hauteur du cœur en relevant légèrement le périnée. En gardant cette forme, avancer le menton vers le dos des poignets en imaginant que la face interne des coudes touche le cœur. Puis, lever légèrement les talons et tourner la tête à gauche. Les vertèbres cervicales étant en légère extension, tourner la tête vers la gauche (l’Ouest). Attention à ne pas tourner les épaules!
1-3. Rétablir la tête dans l’axe du corps (Nord). Puis, laisser tomber les épaules et les talons en relâchant le périnée. Ouvrir les mains (paumes vers la Terre). Descendre les mains le regard droit devant.
1-4. Répéter les séquences ci-dessus en tournant la tête vers la droite (l’Est).
1-5. Recommencer le tout.

2. Le singe cueille le fruit

Saut de singe

Principes mis en œuvre dans cet exercice

Activer le principe Yin Yang dans l’exécution des mouvements. Exemples :

  • J’avance la main droite (Yang) en faisant un pas en arrière avec le pied gauche (Yin) et inversement ;
  • Je descends dans le pied droit (Yin)  en levant la main gauche (Yang) et inversement ;

Autre principe mis en œuvre :

  • Quand le sacrum tombe dans le talon du pied de fondation5, le bassin tourne en direction de ce pied ;
  • En laissant tomber le sacrum, je m’abandonne consciemment dans l’océan d’énergie terrestre ;
  • Toujours chercher la détente et créer le vide dans les bras.

Répéter 4x l’enchaînement suivant.

2-1. Suite à l’enchaînement précédent, toujours face au Nord, aligner le poids de corps dans le pied droit afin de « vider » la jambe gauche.
Faire un pas en diagonale vers l’arrière avec le pied gauche. Laisser suffisamment tomber le sacrum dans le talon du pied droit pour pouvoir poser le pied à plat sur le sol. En même temps, avancer la main droite (bouts de doigts pointant l’avant dans l’axe du pied droit, paume de la main face à la Terre) et lever la main gauche en formant la patte du singe et en la plaçant contre le flan gauche.
2-2. Aligner/déplacer le poids de corps dans le pied l’arrière,  le pied gauche est bien ancré à la Terre. Laisser tomber le sacrum dans le pied gauche, ce qui induit une flexion de la jambe gauche comme si on allait s’accroupir (ce qui fait tourner le bassin vers la gauche).
Ramener le pied droit sur la pointe près du pied gauche. En même temps, laisser tomber la main droite, ce qui va impulser un mouvement circulaire de la main vers le haut et permettre à la main droite de s’élever et à la paume de faire face à l’oreille gauche.
Puis, dans un mouvement rapide et vif, tourner la tête pour regarder vers le haut et à droite (comme si le singe avait aperçu un fruit). Dans cette forme le bassin fait face au Nord-Ouest (45° à gauche).
2-3. Descendre lentement la main droite jusqu’au niveau de la ceinture, paume dirigée vers la Terre. Les yeux suivent le mouvement de descente de la main droite  sans baisser la tête.
Puis, tourner le bassin vers la droite afin de permettre à la force centrifuge ainsi générée de projeter la jambe droite (qui est vide) en diagonale pour faire un pas avec le pied droit. En même temps, les épaules obéissant à la rotation du bassin, la main droite se déplace naturellement dans l’espace vers la droite et s’aligne sur le pied droit. Depuis la séquence 2-1, la main gauche formant la patte du singe demeure contre le flan gauche.
Puis avancer le poids de corps dans le pied droit en descendant le sacrum vers le talon de ce pied. En même temps, la main gauche s’élève lentement jusqu’au niveau de l’épaule gauche. Imaginer que le singe se prépare à bondir pour cueillir le fruit.
Puis, bondir en s’appuyant sur le pied droit, ce qui fait lever le talon du pied arrière. En même temps, la main gauche avance vers le haut et l’avant (comme pour lancer un ballon de basket dans le panier). En fin de course la main gauche forme la patte du singe (bouts de doigts pointant la Terre). Pendant ce temps, lever la main droite latéralement (à droite). En fin de course, la main droite forme la patte du singe (bouts de doigts pointant la Terre). A la fin de cette séquence, les deux mains sont au niveau des cheveux, le bras gauche dirigé vers le Nord, le bras droite vers l’Est..  Fixer le regard sur la main gauche.
Enfin, cueillir le fruit avec la main gauche comme suit : ouvrir la main (paume face à la Terre) et en plaçant l’extrémité du pouce contre la jointure de l’annulaire avec la paume et en recouvrant le pouce avec les autres doigts.
2-4. Déplacer le poids de corps dans le pied arrière en serrant le poing gauche (pouce enveloppé par les autres doigts) et en laissant tomber le sacrum dans le talon gauche, ce qui fait fléchir la jambe gauche et vider la jambe droite. Ramener le pied droit près du pied gauche en le posant sur la pointe. En même temps, plier le bras gauche (coude vers le bas), la main gauche est à la hauteur de l’oreille gauche. Ouvrir la main gauche comme pour tenir un fruit en la savourant du regard (ne pas saliver). En même temps, descendre la main droite (selon une trajectoire courbe qui passe devant le corps) de façon à la placer à quelques centimètres sous le coude gauche, la paume de la main droite faisant face au coude gauche. Se rappeler que cette forme, est « la forme charnière » à partir de laquelle, tous les mouvements exécutés jusque là vont être inversés (exécutés de l’autre côté)
2-5. Recommencer les quatre séquences ci-dessus en inversant la position.
2-6. Recommencer le tout.

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Scènes de rue en Inde : les singes chapardeurs

Mot de passe : EquiW7784

Notes :

  1. Lie Tseu (Lie Zi) : Troisième grand penseur du taoïsme après Lie Tseu (Laozi) et Tchouang Tseu (Zhuangzi), Lie Tseu (Liezi) vécut au Vème siècle avant J. C.
    Il écrivit le traité du vide parfait après avoir étudié avec de nombreux maîtres taoïstes et aurait ensuite habité quarante ans dans le même village, inconnu de tous. Lui qui disait que son esprit s’était « intégré à l’absolu et son corps dissous en lui » nous a laissé une œuvre majeure où les concepts de Tao, de vide inhérent à toute chose, d’impermanence, d’immortalité de l’esprit et de voyage des âmes, se trouvent approfondis. Le traité du vide parfait illustre admirablement la philosophie chinoise du déroulement de la vie humaine et cosmique. Le lyrisme de l’auteur nous fait voyager à la racine des êtres et des choses, aux confins de l’existence.
  2. Roue de la vie du bouddhisme
    Roue de la Vie

    Roue de la vie : Roue de l’existence karmique ou bhavacakra appelée plus communément roue de vie est, dans le bouddhisme, une représentation figurative du samsara. Cette image est une représentation bouddhique indienne, népalaise, tibétaine et mongole de l’existence.

  3. Source : Le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant.
  4. Préalable (quand on a mémorisé la forme de ce Qi Gong) : Inviter l’esprit du singe à venir vers soi afin qu’il nous guide et nous inspire dans l’exécution de ce Qi Gong. Sentir son esprit entrer en soi.  Puis sentir la présence de l’esprit du singe dans le corps,…. A la fin de l’exercice, remercier l’esprit du singe.
    – On entraîne ici le sens de l’équilibre et les muscles des jambes. Les mains imitent les petites mains du singe et forment un crochet, tous les doigts se réunissent.
    – Il faut être rapide, vif dans ce mouvement de mains qui stimule le système neuromusculaire. Enfin en haussant les épaules et en fermant la cage thoracique d’abord, puis en relâchant pour abaisser les mains, on masse le cœur et le cerveau est mieux irrigué.
    – Le singe est malin et méfiant, alors il regarde derrière lui. Le regard est vif, il suit le mouvement. Les mouvements sont rapides comme ceux d’un singe, mais sans exagération.
    – L’esprit doit se relâcher et NE PAS S’ATTACHER A VOULOIR BIEN FAIRE. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela soulage le cerveau et apaise les plus nerveux.
  5. Pied de fondation : celui qui porte le corps.