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Atteindre le centre de soi-même selon les sutras du Vigyana Bhairava Tantra (1)

Osho

Ces sutras ont pour but de vous enraciner dans le hara, dans le centre, scientifiquement, d’une façon permanente, et non pas temporaire. Vous pouvez rester perpétuellement dans le hara. Ces sutras vous donnent la manière d’y parvenir.

Le premier sutra fait partie des « Voies menant au point ou au centre ». « Ou bien, imaginez que les cinq couleurs des ocelles d’un paon sont vos cinq sens dans un espace sans limites. Laissez leur beauté envahir l’espace. De même, n’importe quel point dans l’espace ou sur un mur. Jusqu’à ce que le point se dissolve. Alors, le désir d’autre chose se réalisera. »

Comment atteindre le centre intérieur, voilà l’objet de ces sutras. Le mécanisme de base, la technique de base, consiste à créer un centre extérieur – dans le mental, dans le cœur, ou même sur un mur – et de se concentrer totalement sur ce point, en oubliant le monde entier. Quand ce point envahira votre conscience toute entière, vous serez brusquement au centre de vous-même.

Comment fonctionne cette technique ? Essayez d’abord de la comprendre. Votre mental vagabonde, erre, sans cesse. Il ne reste jamais fixé sur un seul point. Il va d’un point à l’autre, de A à B. Mais il ne reste jamais en A, il ne reste jamais en B, il est constamment en mouvement. Le mental est constamment en mouvement, dans l’espoir d’arriver quelque part. Mais il ne peut arriver nulle part ! Sa structure même est en mouvement. Le mouvement est inhérent à sa nature. Il va sans cesse de A à B, de B à C… Il ne peut s’arrêter.

Si vous vous arrêtez en A ou en C, le mental se rebellera, parce qu’il ne peut vivre que dans le mouvement. Si vous vous arrêtez, le mental meurt immédiatement. Seule la conscience reste.

La conscience est votre nature, le mental est votre activité. On a coutume de croire que le mental est substance. Mais en réalité, c’est une activité, comme la marche. Quand vous vous arrêtez, vous ne marchez plus. La marche n’existe plus. On ne peut pas dire que la marche se repose ou qu’elle attend ; elle n’est plus. Vos jambes sont encore là, elles peuvent marcher, mais si elles s’arrêtent , la marche n’existe plus.

La conscience est comme vos jambes – c’est votre nature. Le mental est comme la marche – une simple activité. Quand la conscience se déplace d’un point à un autre, ce mouvement c’est le mental. Si vous arrêtez ce mouvement, le mental n’existe plus. Vous êtes conscient, mais il n’est plus là. Comme lorsque vos jambes s’arrêtent de marcher. La marche est une fonction, une activité ; le mental également.

Quand la conscience se déplace d’un point à un autre, ce mouvement c’est le mental.

Si vous vous arrêtez, le mental s’insurgera. Il essaiera par tous les moyens de vous faire avancer, de vous faire circuler, de vous faire bouger. N’importe où, du moment qu’il y a mouvement.

Si vous tentez de lui résister, vous aurez du mal, parce que vous avez toujours obéi à ses ordres. Vous n’avez jamais été le maître de votre mental. Vous ne pouvez l’être, parce que vous vous identifiez totalement avec lui. Ce qui donne à celui-ci toute latitude d’action, parce qu’il n’y a personne pour le contrôler, pour le maîtriser. Personne ! C’est le mental qui, alors, devient le maître. Mais cette domination du mental est une illusion. Vous pouvez le briser. Essayez et vous verrez.

Le mental n’est qu’un esclave qui prétend être le maître. Mais il le prétend depuis si longtemps que même le véritable maître a fini par le croire.

Le premier sutra dit, « Imaginez que les cinq couleurs des ocelles du paon sont vos cinq sens, dans un espace . Laissez leur beauté envahir l’espace sans limites. » Imaginez que vos cinq sens sont cinq couleurs – des couleurs merveilleuses, palpitantes de vie, qui se déploient dans un espace infini. Puis, enfoncez-vous dans ces cinq couleurs, et sentez le point où elles se rejoignent en vous. Il ne s’agit que d’imagination mais l’imagination peut être très efficace. Alors, imaginez simplement que ces cinq couleurs pénètrent en vous, et se rejoignent en un point.

Quand ces cinq couleurs se rencontreront en un point, le monde entier disparaîtra. Dans votre imagination, il n’y a que cinq couleurs qui se déploient  dans l’espace comme la queue d’un paon. Elles pénètrent en vous, elles se rencontrent en un point. Vous pouvez choisir n’importe quel point, mais le hara est le meilleur. Imaginez qu’elles se rejoignent en un point de votre nombril. Voyez ce point, concentrez-vous sur lui, concentrez-vous jusqu’à ce que le point se dissolve. Et il se dissoudra ! Parce que toute cela se passe dans votre imagination. Si vous vous concentrez sur ce point, il finira par disparaître, et quand il disparaîtra, vous serez au centre de vous-même.

Le monde a disparu. Vous l’avez oublié. Tout n’est que couleur. Ce genre de méditation s’adresse plus particulièrement à ceux qui sont très visuels, ceux qui sont sensibles aux couleurs, qui ont l’œil d’un peintre.

Avez-vous déjà remarqué que vos rêves ne sont pas colorés ? Seule, une personne sur cent, rêve en couleurs. Pour le reste, les rêves sont en noir et blanc. Si l’un d’entre vous se souvient d’avoir rêvé en couleurs, ce sutra est pour lui.

Si l’on dit à une personne insensible aux couleurs, « imaginez que l’espace est rempli de couleurs », elle en sera incapable. Même si elle essaie d(‘imaginer, elle pensera, « rouge », elle verra le mot « rouge » et non pas la couleur.

Si vous êtes sensible aux couleurs, essayez de pratiquer cette méthode. Le monde entier a disparu, il n’y a plus que cinq couleurs, et ces cinq couleurs se rejoignent en vous. Quelque part, au plus profond de vous-même, ces cinq couleurs se rejoignent en un point. Concentrez-vous sur ce point, n’en bougez pas. Empêcher le mental d’intervenir. Ne pensez pas aux couleurs. Ne pensez pas. Voyez les simplement se rencontrer en vous. Surtout ne pensez pas ! Voyez les couleurs, et concentrez-vous sur le point où ils se rejoignent en vous. La concentration n’est pas la pensée, ce n’est pas la contemplation.

Si vous parvenez vraiment à vous emplir de couleurs, à n’être qu’un arc-en-ciel, un paon, et que les couleurs emplissent tout l’espace, vous éprouverez un profond sentiment de beauté. Mais ne pensez pas, là encore. Ne dites pas, « comme c’est beau ! » Continuez à vous concentrer sur le point où toutes ces couleurs se rejoignent. Ce point va disparaître, il va se dissoudre, parce que tout cela n’est qu’affaire d’imagination. Et si vous vous concentrez vraiment, l’imagination disparaîtra à son tour.

Le monde a déjà disparu, il n’y a plus de couleurs. Ces couleurs sont le produit de votre imagination. Ces couleurs imaginaires se rencontrent en un point. Ce point, bien entendu, est aussi imaginaire. Et maintenant, en vous concentrant profondément, ce point va disparaître. Où êtes-vous ? Vous êtes au centre de vous même.

L’imagination a dissous les objets. Maintenant, la concentration va dissoudre l’imagination. Le monde objectif a disparu, le monde mental a disparu. Vous n’êtes plus qu’une pure conscience.

Le sutra ajoute : « De même, n’importe quel point dans l’espace ou sur un mur… » Cela peut vous aider. Si vous n’êtes pas sensible aux couleurs, choisissez n’importe quel point, que ce soit dans l’espace ou sur un mur. Choisissez n’importe quoi et concentrez vous. N’oublions pas qu’il existe deux types de personnalités. Les introvertis choisiront plutôt un point de rencontre intérieur. Les extravertis arrêteront plutôt leur choix sur un point extérieur.

Le philosophe anglais, David Hume a écrit, « quand je vais au fond de moi-même, je ne rencontre jamais le Moi. Tout ce que je vois, ce sont des réflexions du monde extérieur. Une pensée, une émotion, un sentiment. Je ne vois que le reflet du monde extérieur. »

Voici un exemple type d’extroverti. Si vous faites partie de cette catégorie, choisissez un point sur un mur. Si vous ne savez pas ce qu’est l’intériorité, il vous sera difficile d’imaginer un centre intérieur.

Alors faites un point sur un mur ; concentrez-vous sur ce point. Ce n’est pas le point le plus important, c’est la concentration. Que vous choisissiez un point en vous ou à l’extérieur de vous, cela n’a pas d’importance. Alors, si vous préférez vous concentrer sur un point extérieur, concentrez-vous, concentrez-vous jusqu’à ce que le point se dissolve. Voilà ce qui est important, ce que le point se dissolve ! Il ne faut pas ciller des paupières, parce que ce cillement crée une interruption dans la concentration et permet au mental d’intervenir. Alors ne cillez pas.

Vous connaissez peut-être l’histoire de Bodhidharma, l’un des plus grands maîtres de la méditation dans l’histoire de l’humanité. Assis devant un rocher, il concentrait son regard sur ce rocher. Comme le cillement de ses paupières interrompait sa concentration, il arracha ses paupières. Au bout de quelques semaines, il s’aperçut que des plantes poussaient à l’endroit où ses paupières étaient tombées. Cela se passait sur une montagne de Chine, qui s’appelait « Tah » ou « Ta ». Ces plantes étaient des théiers, ou arbres à thé. C’est pour cette raison que les moines Zen considèrent le thé comme sacré.

Quand vous commencez à sentir vos paupières s’alourdir prenez une tasse de thé. Le thé vous aide à rester éveillé. Le thé n’est pas une boisson ordinaire, ce sont les paupières de Bodhidharma. Au Japon, le thé est l’objet d’un véritable rituel, qu’on appelle la cérémonie du thé, car le thé est une boisson sacrée que l’on peut absorber comme n’importe quelle boisson.

Au Japon, la préparation du thé se fait dans le plus grand recueillement. On écoute l’eau bouillir, chaque geste est important, chaque geste est sacré, parce que le thé est sacré ; ce sont les paupières de Bodhidharma. Il importe peu que cette histoire soit véridique. C’est une merveilleuse histoire.

Si vous vous concentrez sur un point extérieur, ne cillez pas, faites comme si vous n’aviez pas de paupières. Concentrez-vous jusqu’à ce que le point se dissolve. Si vous insistez, si vous persistez, si vous empêchez votre mental d’intervenir, le point se dissoudra. Et si le point se dissout, tandis que toute votre concentration est fixée sur lui, qu’il n’y a plus pour vous que ce point, la conscience ne peut plus bouger, elle n’a plus d’espace, puisque tout a disparu, et toutes les dimensions sont fermées. Alors le mental est seulement mental, la conscience seulement conscience, et vous entrez dans le centre.

Que vous choisissiez un point intérieur ou un point extérieur, le point se dissoudra. Si le point est intérieur, il se dissoudra puisqu’il est imaginaire. Le point extérieur n’est pas imaginaire, vous avez fait une marque sur un mur, pourquoi disparaîtrait-elle ? On peut comprendre qu’un point imaginaire se dissolve, mais comment une marque sur le mur peut-elle se dissoudre ?

En fait, le point sur le mur ne se dissout pas ; c’est votre mental qui se dissout, car en vous concentrant sur ce point, vous arrêtez les pensées. Et sans mouvement, le mental ne peut pas vivre. Il meurt, il arrête de fonctionner. Et s’il meurt, tous les ponts sont coupés. Quand vous vous concentrez sur un point extérieur, votre pensée fait un constant va-et-vient entre vous et ce point.

Si le mental se dissout, vous ne pouvez plus voir le point, parce qu’en réalité, vous voyez ce point non seulement grâce à vos yeux, mais grâce à votre mental. Sans lui les yeux ne peuvent pas fonctionner. Vous pouvez continuer à contempler le mur, mais vous ne verrez plus le point. Le mental n’est plus là ; le pont est coupé. Le point est réel ; il est là ; lorsque le mental se remettra à fonctionner à nouveau, vous le verrez. Mais, en ce moment, vous ne pouvez plus le voir. Et quand vous ne voyez plus, vous êtes coupé du monde extérieur. Soudain, vous êtes au centre de vous même.

Vous prendrez ainsi conscience de votre relation profonde avec l’Existence. Il y a en vous un point qui vous lie à l’Existence totale. Quand vous prenez conscience de ce centre, le monde ne vous est plus étranger, vous êtes chez vous. Vous êtes « dedans ». Vous appartenez au monde. Il n’est nul besoin de lutter, de se battre. Il n’y a pas de relation. Il n’est nul besoin de lutter, de se battre. Il n’y a pas de relation d’hostilité entre vous et l’Existence. L’Existence est votre Mère.

C’est l’Existence qui vous habite, c’est l’Existence qui fleurit en vous. Que ce sentiment, cette Réalisation, se produise, et il n’y aura jamais plus d’angoisse.

Alors, la félicité n’est plus un phénomène, quelque chose qui se produit, puis s’en va. La félicité devient votre nature même. Pour ce lui qui est au centre de lui-même, la félicité est un état naturel. Et peu à peu, on perd conscience de la félicité, vous avez conscience de votre bonheur. Quand la souffrance n’est plus, peu à peu vous l’oubliez, et vous oubliez aussi la félicité. Et ce n’est que lorsque vous oubliez que vous êtes heureux, que vous atteignez la félicité suprême. C’est alors un état naturel. Comme les étoiles brillent, comme les rivières coulent, vous êtes heureux. Votre être même est félicité. Ce n’est plus quelque chose qui vous arrive.; VOUS êtes la félicité.

Source : Le livre des secrets de Bhagwan Shree Rajneesh.