L’énergie de la Grande Ourse

La Grande Ourse ou Boisseau du Nord

Les Chinois crurent longtemps que les ” Trois Luminaires “, à savoir le Soleil, la Lune et la Grande Ourse, commandaient les phénomènes célestes et le calendrier. Chacun d’eux avait un rôle et un seul : le Soleil présidait au jour, qu’il menait par son lever et son coucher ; la Lune présidait aux mois, qu’elle menait par ses phases ; enfin la Grande Ourse, appelée constellation du Boisseau (ou Boisseau du Nord), présidait à l’année, qu’elle menait en faisant le tour du ciel, son Manche pointant successivement aux points cardinaux dans l’ordre où, suivant la théorie chinoise, ils correspondent aux saisons, à l’est au printemps, au sud en été, à l’ouest en automne, au nord en hiver. C’est parce qu’ils rattachaient le mouvement de l’année et des saisons à la Grande Ourse (dont le Manche pointe au sud en été et au nord en hiver), et non au Soleil, qu’ils ont toujours fait correspondre l’hiver au Nord et l’été au Sud, alors que les Grecs, qui rattachaient les saisons aux mouvements du Soleil, ont mis l’hiver au Sud et l’été au Nord.

La Grande Ourse, qui dirigeait la rotation éternelle des étoiles et des saisons, était ainsi la grande régulatrice du calendrier et de la marche constante du monde ; malgré sa distance du Pôle, on admettait qu’elle pivotait sur elle-même, délimitant la région polaire, en sorte qu’on pouvait faire dire à Confucius :

” Elle ne se déplace pas (c’est-à-dire ne quitte pas la région centrale du Ciel, à l’encontre des autres constellations qui sont, suivant les temps, au Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest), et toutes les autres constellations viennent lui rendre hommage. ”

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Yin Yang, la voie de la souplesse

Représentation du principe Yin Yang
Comment Yin Yang nous permet de mettre fin aux hiérarchies entre hommes et femmes et rend à chaque individu sa liberté d’action. Car chacun est, en même temps et successivement, Yin et Yang.

Que signifient Yin et Yang ?

Yin Yang est un seul mot qui représente un système de pensée. Au cours du dernier millénaire av. J.-C., les Chinois réfléchirent au fonctionnement des choses, le Tao. Ils généralisèrent alors la « pensée par deux », c’est-à-dire l’idée que toute situation se divise toujours en deux. Un jour, par exemple, est toujours constitué d’une journée et d’une nuit. La journée est à la fois le passé et le futur de la nuit. Les Chinois décidèrent d’utiliser un couple de mots courants, Yin Yang, comme emblème de cette pensée par deux. Dans leur sens concret originel, Yin signifie « ubac », le versant d’une montagne exposé au nord, et Yang « adret », le versant exposé au sud. Comme les deux versants d’une même montagne, il ne peut pas y avoir l’un sans l’autre. Le système Yin Yang nous rappelle ainsi que toute situation a toujours deux aspects : Yin et Yang ne sont pas semblables, mais ce ne sont pas des entités contradictoires ni des qualités opposées. Yin marque, par exemple, un début d’orage, Yang sa fin. L’autre principe posé par Yin Yang est que tout change tout le temps. Autrement dit, une chose peut être à la fois une et son contraire. Tout dépend du moment et de l’endroit depuis lesquels on l’observe. Ainsi, les deux aspects d’une même situation oscillent en permanence, dans un battement continuel. Le Yi Jing, texte fondateur de la civilisation chinoise1, résume cette pensée ainsi : « Un aspect Yin, un aspect Yang, c’est comme cela que tout fonctionne. »
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Le pas de Yu

Yu le Grand ou Da Yu, empereur légendaire de la dynastie de Xia

La danse est par excellence une activité qui relève à la fois du quotidien de la plupart d’entre nous mais également de l’occultisme. En effet, elle peut être considérée comme une pratique purement physique qui se restreint à mettre en mouvement notre corps. Cependant, elle peut aussi aller au-delà de cette dimension physique et pénétrer dans l’univers magique afin de nous connecter à une énergie provenant d’un ou de plusieurs Esprits de la Nature. La danse peut ainsi constituer ce « canal » qui unit le monde physique aux Forces de l’Invisible et par conséquent approfondir la connaissance de ce qui est caché en nous et autour de notre être. Elle permet ainsi de contribuer à notre recherche intérieure.

Le Pas de Yu est une des danses sacrées qui fut longtemps pratiquée par les prêtres taoïstes. Hommage dédié à l’Eau et à la Terre à l’origine, cette danse peut aussi constituer un moyen d’intégrer les enseignements de la Nature et d’assurer en nous un équilibre entre deux forces opposées en apparence mais complémentaires en réalité: l’énergie de la protection, de la détermination et de la persuasion et celle de l’adaptation, de l’observation et de l’écoute. En décrivant les origines de cette danse sacrée et son impact sur notre être intérieur, cet article a pour but de proposer au lecteur d’utiliser cette pratique afin de l’aider à surmonter ses craintes dans la sérénité, que ce soit face à des épreuves difficiles de la vie ou dans le cadre de la gestion de relations interpersonnelles. Cette danse dédiée à la Nature à l’origine peut appuyer tout un chacun à affronter les obstacles professionnels et privés rencontrés au quotidien en affirmant nos convictions les plus profondes tout en respectant les idées d’autrui et l’environnement dans lequel nous évoluons.

Une danse inspirée par un Empereur légendaire

Le Pas de Yu est une danse inspirée à l’origine de l’histoire de l’Empereur légendaire et fondateur de la dynastie des Xia : Yu le Grand ou Da Yu (2205 à 2197 avant notre ère). Considéré parfois comme étant mi-homme mi-dragon, il est devenu une figure emblématique de la mythologie chinoise et vénéré chez les Taoïstes comme le Dieu régissant les mers, les fleuves et les rivières.

Avant d’être empereur, Yu succéda à son père, Gun, dans ses fonctions de Ministre. Il reçut l’ordre à l’époque de l’Empereur Yao de maîtriser les eaux, en particulier celles du Fleuve Jaune, le Huang He, qui débordaient et menaçaient tout l’Empire. À cette fin, il conclut une alliance avec le Dieu du Fleuve Jaune, consistant à céder la moitié de son corps en recevant en échange la puissance nécessaire pour canaliser et diriger ce fleuve vers la mer, en particulier par la construction de canaux plus profonds. La légende raconte que ce travail d’aménagement de canaux et d’écoulement des eaux s’effectua selon un parcours dansé : hémiplégique à la suite de l’accord conclu avec le Dieu du Fleuve Jaune, Yu sautillait en traînant une jambe, mouvement qui devint par la suite le fameux « Pas de Yu ». Ce fut aussi à travers cette « danse » que Yu ordonna non seulement le territoire de l’Empire chinois mais aussi le monde qu’il stabilisa par cinq montagnes sacrées, représentant le centre et les quatre orients. Au regard de ces réalisations qui ont sauvé l’Empire, Yu fut considéré comme étant le seul ayant la vertu nécessaire pour régner sur l’Empire et devint ainsi le premier Empereur de la dynastie des Xia.

Depuis le début de l’ère chrétienne en particulier et pendant plusieurs siècles, le « Pas de Yu » fut une danse pratiquée par les croyants de la légende de Yu le Grand et par les prêtres taoïstes, lors de fêtes paysannes saisonnières.

Un hommage aux Esprits de l’Eau et de la Terre

Le « Pas de Yu » est une danse dévotionnelle car elle rend hommage aux divinités des Eaux et de la Terre. Elle est aussi une danse extatique nous permettant d’entrer en transe pour nous unir à ces divinités : en chinois, l’entrée en transe se traduit par « tiao chen » qui signifie littéralement « ballotter l’Esprit », « tiao » désignant plus spécifiquement le « sautillement ». À l’origine, elle est de plus une danse magique : l’entrée en transe et les incantations adressées aux divinités ont pour but d’obtenir un résultat magique précis, favoriser la tombée de la pluie en période de grande sécheresse afin de nourrir la Terre.

Le Pas de Yu se pratique de la manière suivante:

« Étant en station correcte, que le pied droit soit en avant et le gauche en arrière. Alors à nouveau, portez en avant le pied droit; faisant suivre le pied droit par le gauche, mettez-les sur la même ligne : c’est le premier pas. — Alors, qu’à nouveau soit en avant le pied droit. Alors, portez en avant le pied gauche; faisant suivre le pied gauche par le droit, mettez-les sur la même ligne : c’est le deuxième pas. — Alors, qu’à nouveau, soit en avant le pied droit ; faisant suivre le pied droit par le gauche, mettez‑les sur la même ligne : c’est le troisième pas. » (Ko Hong, Pao P’o tseu, chap. 17, traduit et cité par Marcel Granet, Danses et Légendes de la Chine ancienne, PUF, 1926, p. 223).

La pratique peut s’effectuer selon différents rythmes, de manière hésitante comme de manière précipitée.

À travers cette danse qui représente le sautillement de Yu provoqué par le dépérissement d’une partie de son corps, deux mouvements représentant symboliquement une communion avec les Éléments de la Nature, l’Eau et la Terre en particulier, peuvent ainsi être identifies :

  • le fait de porter en avant le pied gauche devant le pied droit ou de porter en avant le pied droit devant le pied gauche constitue le mouvement qui incarne l’ascension des montagnes : il s’agit de la connexion avec la Terre ;
  • le fait de faire suivre le pied droit derrière le gauche ou de faire suivre le pied gauche derrière le pied droit constitue le mouvement qui incarne le passage à gué d’une rivière ou d’un fleuve : il s’agit de la connexion avec l’Eau.

Le « Pas de Yu » s’effectuait à l’origine par une alternance de sautillements sur les pierres et le passage à gué des eaux. Piétiner les pierres était considéré comme un geste entraînant un certain roulement pouvant lui-même provoquer le Tonnerre et la pluie fécondante.

Ainsi, le « Pas de Yu » est la danse qui permet de canaliser et d’accueillir les forces des Esprits des Eaux et des Monts et, par conséquent, de favoriser la tombée modérée de la pluie afin de vaincre la sécheresse. La connexion avec les Esprits des Eaux et des Monts contribue également à intégrer en nous les propriétés des forces de ceux-ci : l’adaptation et la tempérance de notre comportement (Eaux), ainsi que la résistance et la force de persuasion face à toute épreuve de notre vie (Monts).

Une danse qui rééquilibre tout notre être

Si, aujourd’hui, le « Pas de Yu » n’est plus pratiqué en vue de faire tomber la pluie pour nourrir la Terre, il peut en revanche être utilisé pour mieux intégrer les propriétés des Éléments de l’Eau et de la Terre et les rééquilibrer en nous.

Pour ce faire, vous pouvez vous isoler à un moment de la journée où vous vous sentez calme et lorsque votre mental est suffisamment dénué de toute pensée positive ou négative, le matin avant d’entamer votre journée ou le soir après le travail par exemple. Il n’est pas nécessaire de faire appel à de la musique pour vous lancer dans cette pratique.

En vous mettant debout et en tenant votre corps bien droit afin de vous préparer à effectuer le « Pas de Yu », il est important que vous puissiez chasser les dernières pensées qui traversent votre mental afin de faire le vide en vous et d’être prêt à accueillir les énergies des Esprits des Eaux et des Monts.

Lorsque vous vous sentez prêt(e), commencez par rendre hommage à Yu, l’Empereur au pouvoir régulateur des Eaux et doté de la puissance qui vise à modeler la Terre en vue de creuser les canaux permettant d’écouler ces Eaux et de canaliser leur force. Visualisez bien ces deux énergies que symbolise l’Empereur Yu: elles ne sont pas contradictoires ou opposées, mais complémentaires. Lorsque vous avez rendu cet hommage, vous pouvez commencer à ressentir, l’une après l’autre, ces deux énergies comme les deux facettes d’une seule et même force, celle qui équilibre et régule votre être intérieur.

Dans un premier temps, votre corps se tenant droit tel un roc à la base ressent cette force des montagnes qui incarne la stabilité et la résistance face à tous les éléments perturbateurs venant s’immiscer dans votre vie quotidienne, ces derniers devenant désormais insignifiants. Vous pouvez renforcer cette enveloppe corporelle en plongeant votre mental dans le son « Di » signifiant la Terre en chinois.

Dans un second temps, vous pouvez tempérer cette sensation de protection, d’inflexibilité et de résistance face à toute épreuve, en plongeant votre mental dans le son « Shui » signifiant l’Eau en chinois. Chaque son « Shui » doit être perçu comme une coulée d’eau douce qui purifie votre corps et votre esprit et enrobe l’énergie de la Terre pour l’adapter et la modeler sans pour autant porter atteinte à votre être et à vos racines les plus profondes qui incarnent vos origines et votre identité propre. C’est ainsi que votre corps, qui était droit comme un roc, devient souple et animé par une envie de bouger à travers la tête, les bras, le bassin et les jambes. Vous pouvez à ce moment-là laisser votre corps se mouvoir lentement, sans gestes brusques.

Lorsque vous avez bien ressenti cet équilibre entre ces deux énergies à tel point que vous ne percevez plus qu’une seule et même force, vous pouvez commencer à effectuer le « Pas de Yu » selon la méthode décrite plus haut. Chaque mouvement symbolique de la danse doit être bien ressenti comme une communion avec chaque Élément et comme une intégration de ses propriétés en vous

  • le fait de porter en avant, dans un mouvement ascendant ou vertical, le pied gauche devant le pied droit ou de porter en avant le pied droit devant le pied gauche est une communion avec la Terre et doit renforcer en vous votre résistance, votre confiance et votre force de persuasion et de détermination face à toute épreuve de la vie ;
  • le fait de faire suivre, dans un mouvement horizontal, le pied droit derrière le gauche ou de faire suivre le pied gauche derrière le pied droit est une communion avec l’Eau et doit renforcer en vous votre capacité d’adaptation face aux évènements les plus difficiles de votre vie, votre force de réceptivité et d’écoute dans vos relations avec autrui sans que les débats et discussions qui peuvent parfois être tendus soient vécus comme des agressions mais plutôt comme un enrichissement pour votre évolution personnelle.

Vous pouvez reproduire le « Pas de Yu » autant de fois que vous le souhaitez, jusqu’à ce que les énergies des Esprits des Monts et des Eaux soient imprégnées en vous et n’incarnent plus que la force bienveillante de Yu, c’est-à-dire cette force équilibrante et régulatrice de vos instincts.

Lorsque vous ressentez cette sensation de paix en vous, vous pouvez rester encore quelques instants dans cet état, puis rendre hommage à l’Empereur Yu avant de revenir progressivement à vous.

Une énergie qui aide à surmonter nos craintes dans la sérénité

Le « Pas de Yu » est une danse qui incarne la force équilibrante de l’Empereur qui régit et maîtrise les forces considérables et puissantes des Eaux.

Il représente aussi de façon indirecte la force qui vise à modeler la Terre pour canaliser les forces des Eaux.

Mais au-delà de la maîtrise de ces deux Eléments, l’Eau et la Terre, il est avant tout la force qui concilie les puissances de ces deux grands Éléments. En effet, la légende raconte que, contrairement à son père qui construisait des digues et des murailles pour « contrer » ou « réprimer » les Eaux, Yu ouvrit les cours des fleuves et construisit de profonds canaux pour conduire leurs eaux vers la mer. Il respecta ainsi l’ordre de la Nature sans chercher à la « violenter » ou à l’« affronter ».

L’énergie de Yu, que nous ressentons à travers sa danse, est donc une force qui permet d’affirmer notre personnalité et de partager notre manière d’être et nos opinions avec conviction. Mais elle est également une force qui nous permet d’assouplir notre comportement, de nous adapter aux situations les plus difficiles et les plus inconfortables, ou encore de dialoguer avec des personnes dont nous avons la plus grande crainte car elles ont des opinions et des convictions très différentes des nôtres. Cette divergence de personnalités et les épreuves délicates de la vie ne doivent pas pour autant être un obstacle pour nous : elles constituent au contraire autant d’occasions d’approfondir notre recherche personnelle et d’enrichir notre expérience pour mieux progresser grâce aux leçons de la vie.

Ainsi, l’énergie de Yu est une force bienveillante qui peut vous accompagner et contribuer à garder votre confiance face à toute épreuve de votre vie quotidienne.

Sources :
Marcel GRANET, « Remarques sur le Taoïsme ancien », paru dans Asia Major, 1925, pp. 146-151.
Marcel GRANET, Danses et Légendes de la Chine ancienne, Paris, PUF, 1926.