Harmonie et fécondité du vide dans le taoïsme

Peinture chinoise d'un arbre tordu

En Chine, la recherche de sagesse se fonde sur l’harmonie. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur et son esprit dans la “Voie” (le Tao), c’est-à-dire dans le sens de la nature elle-même. Il s’agit de retourner à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la nature qui produit spontanément les “dix mille êtres”1 : l’homme peut alors se libérer des contraintes et son esprit peut “chevaucher les nuages”. Le taoïsme est un idéal de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale, d’insouciance et de communion brute avec les forces cosmiques, qui fascine aujourd’hui beaucoup d’Occidentaux.

Le taoïste, pour se libérer des contraintes sociales, peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Les taoïstes pensent que s’engager, c’est dépenser inutilement son énergie et risquer de mourir prématurément. Une image peut éclairer cette conception de la vie2 : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre qui pousse bien droit sera coupé et vendu par le bûcheron : l’inutilité est garante de sérénité et de longue vie. De même, l’occupant d’une barque se fera insulter s’il vient gêner un gros bateau, mais si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités.

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La pleine conscience ou l’attention juste

L'écoute et la conscience corporelle

La pleine conscience (parfois également appelée attention juste) est une expression dérivée de l’enseignement du Bouddha Siddhartha Gautama qui désigne la conscience vigilante de nos propres pensées, actions et motivations.

La pleine conscience ou l’attention juste consiste à ramener son attention sur l’instant présent et à examiner les sensations qui se présentent à l’esprit, comment elles apparaissent, comment elles durent et comment elles disparaissent. Cette pratique permet de réaliser de façon directe si une sensation est persistante ou passagère. Par la suite, le pratiquant va aussi examiner la matière, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, la conscience, comment toutes les choses apparaissent, comment elles durent et comment elles disparaissent.

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L’hiver selon la tradition chinoise

L'hiver selon la tradition chinoise
©Pixabay

L’hiver est associé au REIN, au NORD, à l’eau, au froid, à la couleur noire, à la saveur salée…, à la nuit, à la vieillesse…

Selon le dernier extrait du chapitre 2 du SU WEN1 :

Les trois mois de l’hiver sont appelés :
fermer et thésauriser ;
l’eau gèle, la terre se fendille,
nulle excitation ne vient plus du
YANG.
On se couche tôt, on se lève tard,
on s’en remet pour tout à la lumière du soleil.
On exerce le vouloir
comme enfoui, comme caché,
comme tourné seulement vers soi,
comme occupé à se posséder.
On fuit le froid, on recherche la chaleur,
ne laissant rien s’échapper par les couches de la peau,
de peur d’être dangereusement démuni de ses souffles.
Ainsi se conforme-t-on aux souffles de l’hiver,
la voie pour l’entretien de la thésaurisation de la vie.

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L’énergétique dans les pratiques taoïstes

C’est sans doute le domaine qui est le plus connu du tantrisme et aussi celui qui est d’évidence le plus proche des pratiques taoïstes.

La compréhension tantrique du monde passe par la croyance en une énergie cosmique omniprésente qui anime chaque chose dans l’univers et qui prend dans l’être humain la forme de la Kundalini, symbolisée par un serpent femelle lové dans le bas de la colonne vertébrale. L’éveil tantrique passe par le réveil de ce serpent, soit spontané, soit induit par des techniques yoguiques.

Cette énergie monte le long des centres du « corps subtil » appelés « ran » (çakra, ce qui signifie « roue » en sanskrit) ou encore « padmas » (lotus) qui sont proches (mais non identiques) du concept taoïste de Champ d’Elixir [dan tian]. Elle met chacune de ces trois roues successivement en mouvement lors de son passage atteignant le sommet du crâne, à travers duquel elle s’unit au principe masculin de la divinité. Ainsi se réalise en l’adepte l’union sexuée des deux aspects de la divinité et donc de la fusion avec l’absolu propre à la mystique tantrique. Le taoïsme des Song1 adopta une image similaire de « roue » pour caractériser le mouvement énergétique dans le corps, c’est la « Roue à aubes » [he che] qui correspond à la circulation du Qi le long de la colonne vertébrale.

Par cette pratique, le tantrika pénètre d’autres niveaux de conscience qui se manifestent par l’acquisition de pouvoirs surnaturels, identiques à ceux que l’on attribue aux adeptes du Dao. Pour mobiliser cette énergie, on utilise le souffle vital « prana » à travers des exercices de yoga sexuels ou non. La méditation se fait en posture assise, les yeux mi-clos, la langue touchant le palais à la racine des dents supérieures.

Pour ceux qui sont accoutumés aux pratiques taoïstes, il y a des points communs troublants qui méritent d’être approfondis et dont l’origine reste difficile à déterminer. Les similitudes montrent qu’il pourrait avoir eu une communication entre les ascètes des deux traditions, et ce bien avant que le bouddhisme et le tantrisme ne mettent officiellement pied en Chine.

L’adepte taoïste, grâce à des méthodes respiratoires et à la concentration, mobilise l’énergie vitale le long de la colonne vertébrale (c’est un peu différent pour l’alchimie interne féminine), partant du coccyx [wei lü] (Fin de l’Estuaire), suivant la moelle épinière, jusqu’à pénétrer le cerveau [ni wan] (Boule de Boue). A l’issue de cette première étape, les « trois ingrédients » fusionnent et l’esprit originel [yuan shen] s’éveille. L’adepte est censé faire redescendre l’énergie par la face antérieure vers le bas-ventre, effectuant un cycle complet, appelé « orbite céleste » [tian zhou] ou encore « roue à aube » [he che]. Bien que, souvent, les concepts d’une tradition source ont été modifiés pour s’adapter à la tradition de destination, certaines notions semblent dans notre cas avoir été gardées telles quelles. Pour ce qui est de l’alchimie taoïste, il y a eu d’abord « fusion » entre les arts de la chambre chinois (non spécifiquement taoïstes) et les rituels sexuels tantriques sous les Sui2 ou les Tang3.

Taoïsme et tantrisme reposent sur l’union de deux principes mâle et femelle (le féminin est le processus créateur chez les tantriques, le masculin l’est chez les taoïstes), sur l’union avec l’absolu (une divinité dans le cas tantrique), sur l’omniprésence des principes féminins, la conception énergétique de l’univers et la représentation des démons, la nécessité de l’initiation et l’utilisation d’incantations. Du point de vue énergétique, les tantriques n’ont pas de conception cyclique typiquement chinoise. L’union se fait dès lors que la Kundalini monte au cerveau ce qui est rendu chez les taoïstes par la méthode du Retour pour Nourrir le Cerveau. (…)

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Notes

  1. Song : dynastie qui a régné en Chine entre 960 et 1279.
  2. Sui : dynastie qui a régné en Chine entre 581 et 618
  3. Tang : dynastie qui a régné en Chine entre 618 et 907