Le quotidien d’un chaman mongol, en contact avec les esprits

Chaman bouriate (Sibérie)

Nergui est un boo, un chaman masculin. Il appartient aux Darhard, un groupe ethnique de Mongolie septentrionale qui a préservé son style de vie nomade traditionnel. Au quotidien, Nergui s’occupe de ses troupeaux de bétails. Mais il pratique aussi, comme de très nombreux autres Darhad, l’une des formes les plus pures du chamanisme.
Nergui se tient au milieu de la pièce, les yeux clos. Il oscille d’un côté et de l’autre, serre des bandes de tissus multicolores dans ses mains et psalmodie : « Grand ciel, s’il te plaît, viens ici. » Puis il entonne une mélodie répétitive d’une voix rauque : « Oh, grand ciel bleu qui est mon manteau, viens à moi. »
Nergui est un boo : un chaman masculin, en mongol. Il se voit comme un intermédiaire entre le monde visible et le monde caché des esprits et des dieux. Un peu partout en Mongolie, en Asie centrale et en Sibérie, des mystiques tels que Nergui raniment aujourd’hui d’anciennes traditions et attirent un vaste public réceptif à leurs rituels charismatiques.
Ayant médité et psalmodié, Nergui entre en transe. La transe ouvre dans le corps du chaman une voie à l’esprit du royaume invisible.

On trouve des chamans partout dans le monde, mais le mot « chaman » (« celui qui sait ») vient des Evenk, un peuple de gardiens de rennes du nord de la Sibérie.

Poursuivre la lecture

Le tambour et le voyage chamanique


Lorsque les chamanes  » voyagent « , ils ne se transportent pas vers l’extérieur, sur toute la surface du globe, mais vers l’intérieur, sous l’effet de la pulsation rythmique du son. Au lieu de déplacer leur corps par les moyens physiques ordinaires, ils se meuvent dans des états de conscience modifiés qui leur donne accès à des réalités sises au-delà de nos perceptions normales. Michael Harner1 nomme cet état modifié l’Etat de Conscience Chamanique (ECC). Habituellement, c’est le battement du tambour qui aide le chaman à se mettre en ECC. Bien que certaines cultures utilisent d’autres instruments de percussions, comme les hochets et les baguettes, selon Jeanne Achterberg2, le tambour  » demeure le moyen le plus important pour pénétrer dans d’autres réalités et l’une des caractéristiques les plus universelles du chamanisme.  »

Les raisons pour lesquelles les battements du tambour produisent un effet aussi puissant ne sont pas clairement élucidées. Les scientifiques ont cependant découvert que l’écoute d’un rythme monotone facilite la production d’ondes cérébrales alpha et thêta, différentes des ondes bêta qui caractérisent la conscience ordinaire, les yeux ouverts. D’après la représentation électroencéphalographique de Maxwell Cade3, le Miroir Cérébral, les ondes thêta (4-7 cycles par seconde) sont liées à la créativité, à une forte imagerie mentale et à des états extatiques.

Le lien entre tambour chamanique et élévation spectaculaire du nombre d’ondes thêta a été démontré au cours d’une de mes propres séances avec Anna Wise4, la protégée de Maxwell Cade, experte nord-américaine du Miroir Cérébral. Après avoir été raccordée à un électroencéphalographe, on m’a demandé d’établir des étalons de base en commençant par rester simplement assis les yeux ouverts, puis en fermant les yeux et en méditant, et enfin en imaginant certaines couleurs et scènes. Les ondes de mon cerveau liées à ces activités ne différaient pas de celles d’autres personnes. Toutefois, dès que je me suis mis à battre du tambour et à me mettre en état de conscience modifié, comme je l’avais fait des milliers de fois auparavant, lors de consultations ou d’ateliers chamaniques, l’amplitude des ondes thêta, notamment dans l’hémisphère droit du cerveau, grimpa immédiatement jusqu’au sommet de l’échelle du Miroir cérébral.

Lire la suite…