Les trois détentes

Sa Sainteté le XIIe Gyalwang Drukpa
Jigme Pema Wangchen , 12e Gyalwang Drukpa (1963 – )

La relation entre le corps, la parole et l’esprit

L’esprit est la source de toutes nos vicissitudes, de tous nos problèmes, de nos heurts et souffrances… ainsi que de notre bonheur. Puisqu’il est ce qu’il y a de plus important, nous allons donc traiter avec lui ; nous allons le travailler. Pour  ce faire, ils nous faut maintenant rassembler les conditions favorables quant au lieu et au temps de notre pratique, pour être à même de méditer de manière adéquate.

Que l’on considère l’aspect purifié ou vicié de notre esprit, il fonctionne pour le moment sur la base de notre corps physique : en quelque sorte, il habite le corps, il en est dépendant, jusqu’à la mort en tout cas. On peut dire que notre corps et les canaux subtils qui le parcourent sont comme une route. Les souffles subtils qui circulent dans les canaux du corps sont comparables à un cheval ou à une voiture qui se déplacerait sur la route, et notre esprit est comparable au cavalier ou au conducteur. Pour que le véhicule puisse circuler aisément, il est souhaitable que la route soit en bon état. L’état de la monture ou de la voiture a son importance, de manière à éviter les problèmes de freinage, de démarrage ou autre. Enfin, il faut que le cavalier ou le pilote connaisse son affaire.

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Corps, parole, esprit : les trois portes de la réalité humaine

Akong Rinpcohé
Crédit : BODHICHARYA.ORG

Quand on souffre et que les choses vont mal, on a tendance à se dire que c’est la faute des autres ou des circonstances. C’est plus commode et moins gênant que de se demander si, après tout, on n’y serait peut-être pas soi-même un peu pour quelque chose. Pour savoir d’où vient la souffrance, il faut d’abord comprendre les mécanismes de notre perception du monde. C’est à travers le corps, la parole et l’esprit, les trois composantes de notre individualité humaine, que nous communiquons avec notre environnement et que nous nous en formons une représentation.

Qu’on soit jeune, en pleine maturité ou d’un âge avancé, on a tous un corps de chair et d’os, de sang et de toutes sortes d’autres substances — un organisme complexe capable d’une multitude de sensations. On dispose également de la parole, cette capacité de parler et de communiquer au moyen de sons et de mots. Enfin, on est aussi doué de ce créateur de nos pensées et de nos sentiments, bons ou mauvais, qu’on appelle l’esprit. En ce qui nous concerne actuellement, le corps, la parole et l’esprit sont des réalités tangibles dont on fait l’expérience quotidiennement.

Le corps est l’instrument de notre activité, et il s’exprime par le mouvement. La parole produit les sons et les mots qui véhiculent ce qu’on veut exprimer. Quant à l’esprit, c’est lui qui anime les deux autres; il est la source de tout ce qu’on porte en soi de bon et de mauvais. Le corps et la parole sont un peu les pantins de l’esprit. Logiquement, cela voudrait dire qu’on peut leur faire faire ce qu’on veut, au gré de ses désirs. En fait, ça ne se passe pas du tout comme cela: on a tellement pris l’habitude de manipuler les gens et les événements qu’on a presque oublié les ficelles qui reliaient le corps et la parole à l’esprit, en nous-mêmes. Si bien qu’elles se sont distendues, et que le pantin ne répond plus très bien. On sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche, on n’est pas satisfait du fonctionnement de la marionnette. On se sent frustré.

Le corps est l’instrument de notre activité, et il s’exprime par le mouvement. La parole produit les sons et les mots qui véhiculent ce qu’on veut exprimer. Quant à l’esprit, c’est lui qui anime les deux autres; il est la source de tout ce qu’on porte en soi de bon et de mauvais.

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Espace et vibration

Galaxie des Antennes (NGC 4038 et NGC 4039)
La galaxie des Antennes se situe dans la constellation du Corbeau (hémisphère sud)

Troisième millénaire (TM) – Il y a une grande confusion sur le mot amour. Quand on évoque l’amour, il y a tout de suite une orientation vers quelqu’un, quelque chose, avec en arrière-plan, la possessivité, la jalousie. Comment discriminer entre cet amour « personnel » et une qualité d’amour qui touche plus à l’impersonnel? 

Daniel Odier  (DO) – Toute la difficulté est de sortir de la relation névrotique avec l’autre, Une histoire d’amour, c’est deux manques face à face. II y a un cannibalisme mutuel, et en général un des deux cannibales est plus rapide que l’autre : il mange plus vite ! Quand on a eu la chance d’approcher un maître de quelque tradition que ce soit, on se rend compte que l’on peut trouver chez lui toujours le même parfum, et il n’y a pas ce côté névrotique, si ce n’est en nous… Ce qui est intéressant, c’est que l’élément passionnel soit comme dépassé. Dans une voie spirituelle, il y a aussi beaucoup de passion, mais on peut découvrir une passion qui est beaucoup moins liée à l’ego, à la manipulation, à la peur de l’abandon, qui est une des peurs fondamentales. Chez les gens que je rencontre, la peur d’être abandonné est le moteur principal de toutes les actions. Tout ce que l’on fait, est fait pour éviter d’être abandonné par l’autre, Bien sûr, on rentre dans le même délire de possession avec un maître, Mais, finalement, un vrai maître est celui qui nous prouve que l’on n’a rien à faire pour être aimé, Ce n’est pas une monnaie d’échange. Nous ne sommes pas obligés de fournir de l’intelligence, de la beauté, de la compréhension. On reçoit sans qu’il y ait équilibre entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. C’est ce déplacement passionnel qui est tellement intéressant. On voit tout à coup qu’il peut y avoir les mêmes qualités vibratoires, mais sans l’angoisse de perdre. Si on lit Rûmi1, il est évident que la qualité vibratoire de la passion est présente, mais il n’y a pas cette angoisse de la fin, de la perte qui est fatale dans une passion ordinaire.

Tout à coup, on croit entrer en relation, mais on entre dans l’amour non duel : il n’y a pas de relation, il n’y a pas de place pour deux. On est absorbé dans l’Un, en quelque sorte.

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