Le Dao

Nébuleuse de l'Hélice et Calligraphie Dao
La Nébuleuse de l’Hélice (NGC 7293) est une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Verseau, à proximité du Poisson austral. Sa forte ressemblance avec un œil humain lui a valu le surnom de « l’œil de Dieu ». (Wikipédia)

Le Dao peut être défini comme l’origine et la source permanente d’énergie de l’univers. Il est omniprésent, mais imperceptible, car invisible, incolore, inodore, muet et impalpable.

Les premiers chrétiens arrivés en Chine y virent bien entendu une représentation de Dieu. Ils avaient en partie raison dans le sens où Dieu et Dao1 sont des entités créatrices transcendantales et revêtent le même caractère mystique et sacré.

Il faut toutefois souligner une différence de conception importante chez les Chinois : le Dao n’est pas perçu comme une entité sensible (il n’est ni amour ni haine ni pensante).

À cet égard, il est indifférent, si tant est qu’il puisse ressentir de l’indifférence, aux vicissitudes de l’homme, qui n’a donc rien à attendre de lui : le Dao ne va pas spontanément au secours de l’homme, en revanche, l’homme peut trouver son salut à travers son union mystique avec le Dao. Alors que l’Occidental se place souvent dans une attitude d’attente ou d’espérance, le Chinois (le Taoïste dans la voie spirituelle, le Confucianiste dans la voie intellectuelle et matérielle) ne compte en général que sur son propre travail et ses propres efforts pour trouver son salut. Autre point intéressant, de convergence et de divergence à la fois : si Dieu est associé au père, le Dao l’est à la mère2 (“la mère de la myriade des êtres”).

Auteur: Philippe CHE (sinologue)

Notes :

1. Tao/Dao peut être considéré comme la matrice préalable au sein de l’univers au passage du Qi, le souffle originel, précédant la parité binaire du yin-yang. Il est représenté par le tajiitu, symbole représentant l’unité au-delà du dualisme yin-yang.

2. Le Dao est aussi appelé “la femelle mystérieuse” qui, selon Lao Tseu (chapitre 6 du Tao Te King), est la racine du Ciel et de la Terre. Elle dure perpétuellement et se dépense sans s’user…

L’énergétique dans les pratiques taoïstes

C’est sans doute le domaine qui est le plus connu du tantrisme et aussi celui qui est d’évidence le plus proche des pratiques taoïstes.

La compréhension tantrique du monde passe par la croyance en une énergie cosmique omniprésente qui anime chaque chose dans l’univers et qui prend dans l’être humain la forme de la Kundalini, symbolisée par un serpent femelle lové dans le bas de la colonne vertébrale. L’éveil tantrique passe par le réveil de ce serpent, soit spontané, soit induit par des techniques yoguiques.

Cette énergie monte le long des centres du « corps subtil » appelés « ran » (çakra, ce qui signifie « roue » en sanskrit) ou encore « padmas » (lotus) qui sont proches (mais non identiques) du concept taoïste de Champ d’Elixir [dan tian]. Elle met chacune de ces trois roues successivement en mouvement lors de son passage atteignant le sommet du crâne, à travers duquel elle s’unit au principe masculin de la divinité. Ainsi se réalise en l’adepte l’union sexuée des deux aspects de la divinité et donc de la fusion avec l’absolu propre à la mystique tantrique. Le taoïsme des Song1 adopta une image similaire de « roue » pour caractériser le mouvement énergétique dans le corps, c’est la « Roue à aubes » [he che] qui correspond à la circulation du Qi le long de la colonne vertébrale.

Par cette pratique, le tantrika pénètre d’autres niveaux de conscience qui se manifestent par l’acquisition de pouvoirs surnaturels, identiques à ceux que l’on attribue aux adeptes du Dao. Pour mobiliser cette énergie, on utilise le souffle vital « prana » à travers des exercices de yoga sexuels ou non. La méditation se fait en posture assise, les yeux mi-clos, la langue touchant le palais à la racine des dents supérieures.

Pour ceux qui sont accoutumés aux pratiques taoïstes, il y a des points communs troublants qui méritent d’être approfondis et dont l’origine reste difficile à déterminer. Les similitudes montrent qu’il pourrait avoir eu une communication entre les ascètes des deux traditions, et ce bien avant que le bouddhisme et le tantrisme ne mettent officiellement pied en Chine.

L’adepte taoïste, grâce à des méthodes respiratoires et à la concentration, mobilise l’énergie vitale le long de la colonne vertébrale (c’est un peu différent pour l’alchimie interne féminine), partant du coccyx [wei lü] (Fin de l’Estuaire), suivant la moelle épinière, jusqu’à pénétrer le cerveau [ni wan] (Boule de Boue). A l’issue de cette première étape, les « trois ingrédients » fusionnent et l’esprit originel [yuan shen] s’éveille. L’adepte est censé faire redescendre l’énergie par la face antérieure vers le bas-ventre, effectuant un cycle complet, appelé « orbite céleste » [tian zhou] ou encore « roue à aube » [he che]. Bien que, souvent, les concepts d’une tradition source ont été modifiés pour s’adapter à la tradition de destination, certaines notions semblent dans notre cas avoir été gardées telles quelles. Pour ce qui est de l’alchimie taoïste, il y a eu d’abord « fusion » entre les arts de la chambre chinois (non spécifiquement taoïstes) et les rituels sexuels tantriques sous les Sui2 ou les Tang3.

Taoïsme et tantrisme reposent sur l’union de deux principes mâle et femelle (le féminin est le processus créateur chez les tantriques, le masculin l’est chez les taoïstes), sur l’union avec l’absolu (une divinité dans le cas tantrique), sur l’omniprésence des principes féminins, la conception énergétique de l’univers et la représentation des démons, la nécessité de l’initiation et l’utilisation d’incantations. Du point de vue énergétique, les tantriques n’ont pas de conception cyclique typiquement chinoise. L’union se fait dès lors que la Kundalini monte au cerveau ce qui est rendu chez les taoïstes par la méthode du Retour pour Nourrir le Cerveau. (…)

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Notes

  1. Song : dynastie qui a régné en Chine entre 960 et 1279.
  2. Sui : dynastie qui a régné en Chine entre 581 et 618
  3. Tang : dynastie qui a régné en Chine entre 618 et 907

 

L’énergie intérieure relie corps et âme

Pour les Chinois, sainteté et santé sont synonymes. Pour quels motifs, le travail du corps et celui de l’esprit seraient similaires ?

Corps et âme sont si proches et si intimement liés qu’il suffit de connaître l’un pour avoir accès obligatoirement à l’autre. Mais un travail corporel à l’orientale est toujours un travail intérieur qui ne peut se faire sans l’intervention du Qi. On pourrait dire à ce sujet que le Qi (le souffle) et le Shen (la puissance spirituelle) sont les messagers subtils qui relient corps et âme.
Seuls les gens qui détiennent les secrets du Qi ou ceux qui progressent dans cette voie de transmutation des énergies intérieures peuvent prendre conscience par paliers d’expérimentations du message vivant de Laozi1.

Tout le monde s’accorde à dire que l’âme est un agent essentiel de la vie, et un principe spirituel qui, uni au corps, constitue l’être vivant. Mais au fond, qu’est-ce que l’âme ? Chacun peut comprendre ce terme à sa façon. Certains se pencheront vers une interprétation sentimentale, d’autres vers un raisonnement intellectuel. L’âme semble être une notion tellement abstraite qu’il est difficile d’en parler et d’en donner une définition satisfaisante. On peut néanmoins rendre le sens de l’âme moins vague, moins palpable en éclairant la signification qu’il prend pour les bouddhistes et les taoïstes ; il suffit pour cela de prendre comme exemple la pratique du taiji quan (Taïchi Chuan), ce qui nous fera encore mieux comprendre le lien établi par les Anciens entre sainteté, santé et longévité.

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