Zhanzhuang : la posture de l’arbre

Zhanzhuang - Posture de l'arbre

Historiquement, les adeptes du qigong prennent comme première référence le Nei Jing Su Wen1. Cet ouvrage attribué à l’empereur Jaune, Huang Di, symbole paternel de la civilisation chinoise, remonterait à 2600 avant notre ère (). On trouve, dans ce texte clé pour les médecins traditionnels et acupuncteurs, les premières traces d’existence d’exercices du souffle qu’Henri Maspero2 (1971) identifiait en tant que techniques taoïstes de Longue Vie.

Chronologiquement, suit la présence du Bodhidharma3 au sixième siècle après J.-C., au temple Shaolin, sur le mont Songshan. La venue du moine bouddhiste aurait été essentielle dans la genèse des premières pratiques de wushu4() qui évolueront au fil du temps vers une riche diversité d’arts martiaux (Association chinoise du qigong pour la santé, 2009). Ainsi, l’enchaînement du yijinjing5(), également appelé “exercices d’assouplissement des muscles”, serait un héritage de l’être éveillé repris par les moines combattants du temple pour accroître leur force et leur santé (ibid.).

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Mouvements de Qi Gong pour renforcer l’énergie défensive – 1ère partie (Vidéo)

Mouvements de Qi Gong pour renforcer l'iimmunité (1ère partie)

Les défenses immunitaires ou énergie défensive (Wei Qi en chinois)

Les principales trois fonctions physiologiques du Wei Qi sont :

  1. protéger la superficie du corps contre les facteurs pathogènes exogènes (pervers climatiques, virus, bactéries, pollen, acariens, poils de chat,…) ;
  2. réchauffer et nourrir les organes intérieurement et extérieurement (tels que la peau, les cheveux, les ongles, les muscles, les viscères, etc…) d’humidifier et lubrifier la peau ;
  3. contrôler l’ouverture et la fermeture des pores cutanés, de réguler la sécrétion de la sueur et de maintenir une température relativement constante à l’intérieur du corps.

Le pouvoir de la Wei Qi est relié à la santé de la peau et à sa sensibilité aux facteurs pathogènes exogènes. Une abondance de Wei Qi donnera une peau souple, douce et forte, des muscles rebondis et des plis affinés et fermes, ainsi les facteurs pathogènes exogènes peuvent être contrôlés. La déficience de Wei Qi donnera une peau sèche, des chutes de cheveux, des muscles faibles, et des pores qui ne maintiennent plus les liquides. Ceci provoquera des transpirations dues à la déficience, et les facteurs pathogènes exogènes auront la possibilité de profiter de cette condition pour affecter le corps. Il existe un adage chinois évocateur de cette condition : « ou les facteurs pathogéniques agissent, il y a déficience du Wei Qi ». Par conséquent, le Wei Qi remplit une fonction physiologique cruciale, à savoir, de défendre et de renforcer la partie superficielle du corps.

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Le personnel médical d’un hôpital de médecine traditionnelle chinoise à Zhejiang, en Chine, pratique Ba Duan Jin (littéralement “huit pièces de brocart”) pour prévenir les maladies respiratoires pendant l’épidémie de coronavirus. 

Le personnel médical d’un hôpital de médecine traditionnelle chinoise à Zhejiang, en Chine, pratique le Ba Duan Jin (littéralement “huit pièces de brocart”), une série de huit mouvements de QI Gong,  pour prévenir les maladies respiratoires pendant l’épidémie de coronavirus.

Le Ba Duan Jin aurait été conçu par Bodhidharma1 et repris par Yue Fei (Général de l’armée impériale chinoise) du 12ème siècle après JC pour améliorer la santé de ses soldats. De nos jours, sa pratique vise à rendre l’organisme plus résistant et à prolonger la vie. Il est classifié dans la catégorie Qi Gong externe “Wei Dan“, qui veut dire au sens large du terme renforcement du corps (un effet “bouclier” qui permet de mieux se protéger des agressions externes2).

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Burnout : les effets positifs du Qi gong

Burnout : les effets positifs du Qi gong

Le burnout est un état d’épuisement à la fois physique et moral qui peut avoir de très lourdes conséquences sur la santé. Dans certains cas extrêmes, ces conséquences peuvent être irrémédiables.

C’est un phénomène particulièrement fréquent dans le milieu professionnel. L’ambiance au travail, la compétition, la pression des supérieurs hiérarchiques, le stress permanent, sont quelques uns des principaux facteurs déclencheurs du burnout.

L’apparition de signes d’anxiété et de mal-être, la perte de compétences et de confiance en soi ainsi que la dépression et la baisse de résistance aux infections, en sont autant de signes annonciateurs. Il est souvent difficile de déceler ces derniers et de les quantifier pour mieux les prévenir.

La prévention par le Qi gong

Le Qi gong, cet art ancestral chinois basé sur une gymnastique traditionnelle et une certaine science de la respiration, peut aider à prévenir le burnout. En outre, des études ont prouvé que les personnes pratiquant une activité physique régulière -et notamment les arts martiaux- sont capables d’en déceler plus rapidement les premiers signes.

En associant mouvements lents, exercices respiratoires et concentration, le Qi gong permet de se sentir mieux dans son corps et dans sa tête. Les mouvements exécutés avec lenteur sont censés améliorer la circulation de l’énergie dans le corps et de lutter à priori contre le stress et l’hypertension. Très courante en Chine, la pratique gagne à être plus connue en Europe ainsi que dans le reste du monde.

Aujourd’hui, le Qi gong n’est plus une activité exclusivement réservée aux retraités ou aux gens en mal d’être. On le retrouve de plus en plus dans des champs d’intervention inattendus comme en entreprise ou encore, plus surprenant, en milieu carcéral.

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Discours de pratiquants sur leur expérience du Zhan Zhuang

Zhan Zhuang

À travers les recueils de discours des pratiquants présentés ci-dessous, nous relevons quatre types d’interprétations de l’expérience de la pratique de zhanzhuang. En effet, selon la finalité recherchée par le pratiquant, différents sens peuvent être attribués à l’exercice de qigong.

Une finalité martiale

Les premiers extraits qui suivent sont tirés d’un entretien réalisé avec deux pratiquants de dachengchuan – encore appelé yichuan, la « boxe de l’intention » – dirigeants du centre que nous avons présenté dans la partie précédente. Le rôle de l’exercice zhanzhuang est évoqué à plusieurs reprises dans leur discours. Dans un premier temps, l’un des deux explique que « l’homogénéité de la force est considérée comme l’aboutissement de la transformation physiologique et du changement musculaire généré par la pratique de base, zhanzhuang » (Chenault, 2008, p. 369).
Plus loin, il précise : « Quand elle pousse, ce n’est pas son bras qui pousse, ni sa force musculaire, c’est l’homogénéité du corps, c’est-à-dire tout le corps, complètement réuni et unifié. Wang Xiang Zhaï nous disait que chaque cellule est une batterie ; d’ailleurs, les scientifiques commencent à se poser des questions : les cellules et leurs électrons sont considérés comme une énergie atomique, c’est extraordinaire ! Chaque cellule est une batterie et chaque batterie est réunie sur tout le corps, il y a donc des milliards de batteries réunies : c’est une bombe et cette bombe-là est en force de maintien, une force qui est prête à exploser comme un arc et à lâcher d’un seul coup » (ibid.).
Dans cet extrait, la posture est interprétée comme un temps de concentration des forces physiques et psychiques. Le principe serait d’accumuler « l’énergie » stimulée dans la posture pour pouvoir, au moment voulu, la décharger de manière maîtrisée et orientée. La position statique contribue à l’image d’un corps composé de « cellules », qui se recharge comme une « batterie » prête à exploser à travers un mouvement d’attaque ou de défense. On trouve également dans ce discours la référence au « scientifique » qui apparaît parfois dans le discours de pratiquants : soit elle vient légitimer la pratique en confortant certaines idées sur l’énergie corporelle, soit elle est utilisée comme symbole d’une pensée rationnelle qui ne peut pas appréhender la réalité des phénomènes qui existent dans la pratique du qigong.
Dans ce cas précis, on fait référence à la cellule et à l’énergie de ses molécules pour expliquer la concentration énergétique des cellules et du corps. La force du combattant serait implicitement liée à cette capacité à accumuler l’énergie dans toutes les cellules du corps.
Dans un autre passage, les pratiquants de dachengchuan précisent les différents stades qui attestent d’une progression dans l’exercice de zhanzhuang : « On sait qu’on a fait l’étape du pilier : on le fera à vie, mais le pilier on le fait depuis quinze ans, tous les jours on est debout, on le pratique et c’est devenu une hygiène personnelle ; ce n’est plus un truc extraordinaire “mystico-gélatineux”, c’est un truc normal… parce qu’au début ça peut paraître curieux d’avoir les bras en l’air ! Après, on sait travailler l’épreuve de l’énergie : quand on a cette énergie dans le bout des doigts, tout le corps chauffe, vibre et on va la faire bouger tout doucement. Il y a plusieurs façons de la faire bouger : ce sera vers le ciel, pour les chocs ou autres, donc on va pouvoir lever. Si tu mets la main, tu vas dire “c’est bizarre, c’est lourd”, donc cela signifie que tout est réuni, toute la chaîne musculaire. Après, ce sera pour l’écrasement, puis pour la poussée et enfin pour les côtés. Donc, on va travailler cette deuxième phase au niveau des sensations : on vit alors des choses que l’on n’imagine pas… parce qu’il y a plein de sensations de plus en plus subtiles qui apparaissent. Après l’épreuve de l’énergie, tu as encore des phases. Il va y avoir l’épreuve du son, parce qu’en même temps on va réunir les vibrations acoustiques : on va avoir une épreuve du son, c’est-à-dire qu’on va avoir une expulsion d’énergie, avec un son, mais la bouche fermée, donc c’est le diaphragme qui va être secoué un peu vers le bas et on a un “huhh !”, tu sais quelque chose qui fait qu’on va réunir à ce moment-là, par les vibrations acoustiques, l’ensemble du corps dans la même action : l’énergie et la vibration acoustique vont, pendant un millième de seconde, exploser grâce au son… ça c’est fabuleux ! Dans les arts martiaux, les gens poussent des “kiaï”, ce n’est pas du tout pour faire peur à qui que ce soit ; je te donne l’exemple de l’éternuement “atchaa !” : tu sais, c’est le ventre et ce n’est pas la gorge, on sent que du ventre pousse un truc très fort, et à ce moment-là, le sang, les os, les tendons, les nerfs, les ligaments… tout ça va devenir une boule d’énergie
» (ibid., p. 374).
La posture renvoie également à l’image du « pilier » où le corps est considéré comme un tout homogène. La fréquence et la durée de pratique permettent de retrouver les sensations de cette homogénéité à travers les tensions physiques qui se produisent lors de l’exercice. Il s’agit ensuite d’appliquer cette force homogène dans le contexte du combat martial. L’évolution dans l’exercice est marquée par différentes étapes pour le pratiquant de dachengchuan : l’épreuve de la posture, c’est-à-dire faire le « pilier » quotidiennement, « l’épreuve de l’énergie » et de sa mise en mouvement, mesurée à travers la poussée des mains puis manifestée spontanément par « l’expulsion d’énergie », tant physique que sonore, dans le combat.

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Le relâchement selon Maître Tun Ken WONG

Maître Tun Ken Wong est professeur d’arts martiaux chinois. Il suit l’enseignement de deux sommités, Maître Hu Than Ping et Maître Jiang Rong Qiao, puis travaille rapidement à l’amélioration des théories et des pratiques. Il est actuellement professeur de Tai Chi et de Chi Kong à l’Association Taichido d’Issy-les-Moulineaux.

Source : taichido-issy.org>