Harmonie et fécondité du vide dans le taoïsme

Peinture chinoise d'un arbre tordu

En Chine, la recherche de sagesse se fonde sur l’harmonie. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur et son esprit dans la “Voie” (le Tao), c’est-à-dire dans le sens de la nature elle-même. Il s’agit de retourner à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la nature qui produit spontanément les “dix mille êtres”1 : l’homme peut alors se libérer des contraintes et son esprit peut “chevaucher les nuages”. Le taoïsme est un idéal de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale, d’insouciance et de communion brute avec les forces cosmiques, qui fascine aujourd’hui beaucoup d’Occidentaux.

Le taoïste, pour se libérer des contraintes sociales, peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Les taoïstes pensent que s’engager, c’est dépenser inutilement son énergie et risquer de mourir prématurément. Une image peut éclairer cette conception de la vie2 : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre qui pousse bien droit sera coupé et vendu par le bûcheron : l’inutilité est garante de sérénité et de longue vie. De même, l’occupant d’une barque se fera insulter s’il vient gêner un gros bateau, mais si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités.

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Le Tao, la lumière violette et l’étoile polaire

GRAND BOUDDHA DEBOUT. Gandhara, 1er-2e siècle après JC

Dans les enseignements du Tao ancien, il est dit que le spectre de la Lumière violette parvient à notre terre physique via le point fixe qu’est l’étoile polaire et que, lorsque nous nous connectons avec cette étoile, nous nous libérons de la force d’attraction qui nous lie aux cycles naturels de vie et de mort sur terre. Les taoïstes nomment la nutrition suprême, Wuchi1, un centre d’énergie universelle dont le ciel et la terre sont nés.

Les maîtres taoïstes disent qu’il existe trois portes dans le corps par lesquelles la nutrition du Wuchi peut passer, ce sont le Dantian2 supérieur qui correspond au chakra du troisième œil, le Dantian du milieu qui correspond à notre chakra du cœur et le Dantian inférieur qui correspond à notre chakra sacré. Ils disent aussi que, lorsqu’ils sont harmonisés, ces trois centres énergétiques établissent une connexion entre le ciel et la terre à l’intérieur de nous. Le cœur taoïste a sept niveaux, sept champs électromagnétiques et sept états de compassion.

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Le Dao

Nébuleuse de l'Hélice et Calligraphie Dao
La Nébuleuse de l’Hélice (NGC 7293) est une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Verseau, à proximité du Poisson austral. Sa forte ressemblance avec un œil humain lui a valu le surnom de « l’œil de Dieu ». (Wikipédia)

Le Dao peut être défini comme l’origine et la source permanente d’énergie de l’univers. Il est omniprésent, mais imperceptible, car invisible, incolore, inodore, muet et impalpable.

Les premiers chrétiens arrivés en Chine y virent bien entendu une représentation de Dieu. Ils avaient en partie raison dans le sens où Dieu et Dao1 sont des entités créatrices transcendantales et revêtent le même caractère mystique et sacré.

Il faut toutefois souligner une différence de conception importante chez les Chinois : le Dao n’est pas perçu comme une entité sensible (il n’est ni amour ni haine ni pensante).

À cet égard, il est indifférent, si tant est qu’il puisse ressentir de l’indifférence, aux vicissitudes de l’homme, qui n’a donc rien à attendre de lui : le Dao ne va pas spontanément au secours de l’homme, en revanche, l’homme peut trouver son salut à travers son union mystique avec le Dao. Alors que l’Occidental se place souvent dans une attitude d’attente ou d’espérance, le Chinois (le Taoïste dans la voie spirituelle, le Confucianiste dans la voie intellectuelle et matérielle) ne compte en général que sur son propre travail et ses propres efforts pour trouver son salut. Autre point intéressant, de convergence et de divergence à la fois : si Dieu est associé au père, le Dao l’est à la mère2 (“la mère de la myriade des êtres”).

Auteur: Philippe CHE (sinologue)

Notes :

1. Tao/Dao peut être considéré comme la matrice préalable au sein de l’univers au passage du Qi, le souffle originel, précédant la parité binaire du yin-yang. Il est représenté par le tajiitu, symbole représentant l’unité au-delà du dualisme yin-yang.

2. Le Dao est aussi appelé “la femelle mystérieuse” qui, selon Lao Tseu (chapitre 6 du Tao Te King), est la racine du Ciel et de la Terre. Elle dure perpétuellement et se dépense sans s’user…

L’énergétique dans les pratiques taoïstes

C’est sans doute le domaine qui est le plus connu du tantrisme et aussi celui qui est d’évidence le plus proche des pratiques taoïstes.

La compréhension tantrique du monde passe par la croyance en une énergie cosmique omniprésente qui anime chaque chose dans l’univers et qui prend dans l’être humain la forme de la Kundalini, symbolisée par un serpent femelle lové dans le bas de la colonne vertébrale. L’éveil tantrique passe par le réveil de ce serpent, soit spontané, soit induit par des techniques yoguiques.

Cette énergie monte le long des centres du « corps subtil » appelés « ran » (çakra, ce qui signifie « roue » en sanskrit) ou encore « padmas » (lotus) qui sont proches (mais non identiques) du concept taoïste de Champ d’Elixir [dan tian]. Elle met chacune de ces trois roues successivement en mouvement lors de son passage atteignant le sommet du crâne, à travers duquel elle s’unit au principe masculin de la divinité. Ainsi se réalise en l’adepte l’union sexuée des deux aspects de la divinité et donc de la fusion avec l’absolu propre à la mystique tantrique. Le taoïsme des Song1 adopta une image similaire de « roue » pour caractériser le mouvement énergétique dans le corps, c’est la « Roue à aubes » [he che] qui correspond à la circulation du Qi le long de la colonne vertébrale.

Par cette pratique, le tantrika pénètre d’autres niveaux de conscience qui se manifestent par l’acquisition de pouvoirs surnaturels, identiques à ceux que l’on attribue aux adeptes du Dao. Pour mobiliser cette énergie, on utilise le souffle vital « prana » à travers des exercices de yoga sexuels ou non. La méditation se fait en posture assise, les yeux mi-clos, la langue touchant le palais à la racine des dents supérieures.

Pour ceux qui sont accoutumés aux pratiques taoïstes, il y a des points communs troublants qui méritent d’être approfondis et dont l’origine reste difficile à déterminer. Les similitudes montrent qu’il pourrait avoir eu une communication entre les ascètes des deux traditions, et ce bien avant que le bouddhisme et le tantrisme ne mettent officiellement pied en Chine.

L’adepte taoïste, grâce à des méthodes respiratoires et à la concentration, mobilise l’énergie vitale le long de la colonne vertébrale (c’est un peu différent pour l’alchimie interne féminine), partant du coccyx [wei lü] (Fin de l’Estuaire), suivant la moelle épinière, jusqu’à pénétrer le cerveau [ni wan] (Boule de Boue). A l’issue de cette première étape, les « trois ingrédients » fusionnent et l’esprit originel [yuan shen] s’éveille. L’adepte est censé faire redescendre l’énergie par la face antérieure vers le bas-ventre, effectuant un cycle complet, appelé « orbite céleste » [tian zhou] ou encore « roue à aube » [he che]. Bien que, souvent, les concepts d’une tradition source ont été modifiés pour s’adapter à la tradition de destination, certaines notions semblent dans notre cas avoir été gardées telles quelles. Pour ce qui est de l’alchimie taoïste, il y a eu d’abord « fusion » entre les arts de la chambre chinois (non spécifiquement taoïstes) et les rituels sexuels tantriques sous les Sui2 ou les Tang3.

Taoïsme et tantrisme reposent sur l’union de deux principes mâle et femelle (le féminin est le processus créateur chez les tantriques, le masculin l’est chez les taoïstes), sur l’union avec l’absolu (une divinité dans le cas tantrique), sur l’omniprésence des principes féminins, la conception énergétique de l’univers et la représentation des démons, la nécessité de l’initiation et l’utilisation d’incantations. Du point de vue énergétique, les tantriques n’ont pas de conception cyclique typiquement chinoise. L’union se fait dès lors que la Kundalini monte au cerveau ce qui est rendu chez les taoïstes par la méthode du Retour pour Nourrir le Cerveau. (…)

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Notes

  1. Song : dynastie qui a régné en Chine entre 960 et 1279.
  2. Sui : dynastie qui a régné en Chine entre 581 et 618
  3. Tang : dynastie qui a régné en Chine entre 618 et 907