Le tambour et le voyage chamanique


Lorsque les chamanes ” voyagent “, ils ne se transportent pas vers l’extérieur, sur toute la surface du globe, mais vers l’intérieur, sous l’effet de la pulsation rythmique du son. Au lieu de déplacer leur corps par les moyens physiques ordinaires, ils se meuvent dans des états de conscience modifiés qui leur donne accès à des réalités sises au-delà de nos perceptions normales. Michael Harner1 nomme cet état modifié l’Etat de Conscience Chamanique (ECC). Habituellement, c’est le battement du tambour qui aide le chaman à se mettre en ECC. Bien que certaines cultures utilisent d’autres instruments de percussions, comme les hochets et les baguettes, selon Jeanne Achterberg2, le tambour ” demeure le moyen le plus important pour pénétrer dans d’autres réalités et l’une des caractéristiques les plus universelles du chamanisme. ”

Les raisons pour lesquelles les battements du tambour produisent un effet aussi puissant ne sont pas clairement élucidées. Les scientifiques ont cependant découvert que l’écoute d’un rythme monotone facilite la production d’ondes cérébrales alpha et thêta, différentes des ondes bêta qui caractérisent la conscience ordinaire, les yeux ouverts. D’après la représentation électroencéphalographique de Maxwell Cade3, le Miroir Cérébral, les ondes thêta (4-7 cycles par seconde) sont liées à la créativité, à une forte imagerie mentale et à des états extatiques.

Le lien entre tambour chamanique et élévation spectaculaire du nombre d’ondes thêta a été démontré au cours d’une de mes propres séances avec Anna Wise4, la protégée de Maxwell Cade, experte nord-américaine du Miroir Cérébral. Après avoir été raccordée à un électroencéphalographe, on m’a demandé d’établir des étalons de base en commençant par rester simplement assis les yeux ouverts, puis en fermant les yeux et en méditant, et enfin en imaginant certaines couleurs et scènes. Les ondes de mon cerveau liées à ces activités ne différaient pas de celles d’autres personnes. Toutefois, dès que je me suis mis à battre du tambour et à me mettre en état de conscience modifié, comme je l’avais fait des milliers de fois auparavant, lors de consultations ou d’ateliers chamaniques, l’amplitude des ondes thêta, notamment dans l’hémisphère droit du cerveau, grimpa immédiatement jusqu’au sommet de l’échelle du Miroir cérébral.

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Reconnaître le pouvoir du tambour

Par Michael Harner1

« Tout avait commencé en 1948 au Pueblo Zuñi, au Nouveau-Mexique : j’avais été époustouflé par l’effet que pouvait avoir le son répétitif d’un tambour de cérémonie dans un contexte sacré, et j’y avais vécu, en fait, une véritable expérience religieuse. Puis au début des années 1950, j’eus l’occasion d’assister aux effets envoûtants des hochets Mohave et des Cahuilla, et des tambours en bois joués avec le pied lors des cérémonies sacrées dans les « roundhouses » de Californie du Nord .

Par la suite, dans les années 1960, je découvris que le tambour était utilisé dans un contexte spécifique de soins chamaniques chez les Salish de la côte Puget Sound, dans l’ouest de l’Etat de Washington, bien qu’il ne fût question chez eux d’aucun voyage. Peu à peu, mes lectures sur le chamanisme de diverses cultures m’amenèrent à conclure que, dans la grande majorité des cultures du monde, les chamanes n’avaient pas besoin d’ingérer ou d’utiliser des plantes psychotropes pour modifier leur état de conscience.

A cette même époque, je fis l’acquisition d’un tambour pueblo à double face dans l’optique de m’entraîner au voyage chamanique par ce biais. J’eus la surprise et le plaisir de découvrir qu’un rythme régulier et répétitif modifiait immédiatement mon état de conscience. J’étais donc capable d’effectuer des voyages chamaniques sans drogue ! Mais je n’aurais pas dû m’en étonner. Les chamanes, comme toujours, savaient ce qu’ils faisaient, car ils bénéficiaient de millénaires d’expérimentations.

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